Le Gabon prépare une émission de 580 millions de dollars (environ 332 milliards de FCFA), deux mois après en avoir levé 920 millions. Ce retour rapide s'explique en partie par une enveloppe déjà autorisée, dans un pays qui a commandé un audit de sa dette.
Selon une source citée par Bloomberg, BofA Securities organise des rencontres avec des investisseurs en vue d'une émission à huit ans. Si l'opération se concrétise, les Eurobonds de 2026 atteindraient environ 1,5 milliard de dollars. Libreville emprunte vite alors que le coût de sa dette est plus élevé que prévu : les charges financières ont atteint 504,4 milliards de FCFA au premier semestre, contre 349,5 milliards attendus.
Une enveloppe déjà autorisée
La loi de finances rectificative plafonne les emprunts internationaux à 857,9 milliards de FCFA, environ 1,5 milliard de dollars. L'émission de juillet en a consommé près de 61 %. Une nouvelle levée correspondrait au solde. Les échéances sont par ailleurs concentrées : plus de 59 % de l'encours arrive à terme en 2026 et 2027. Un prêt d'un milliard de dollars adossé au pétrole a aussi été conclu avec Trafigura en avril.
Confiance ou besoin de liquidités ? Les deux lectures ne s'excluent pas. L'émission de juillet, à 9,375 % sur sept ans, a attiré plus d'un milliard de dollars de demandes pour un objectif de 750 millions, selon Bloomberg, avec un coupon inférieur de 0,125 point à celui de 2025. C'est le signe d'un accès maintenu, même si ce taux reste élevé. Pour les agences de notation, le cumul de 1,5 milliard de dollars en un an sera lu avec l'avancée des discussions avec le FMI.
Le dollar et l'usage des fonds
Emprunter en dollars pour dépenser en FCFA, arrimé à l'euro, expose l'État aux variations de change. Des analystes évoquent un swap dollar-euro sur l'émission de juillet, sans en détailler les conditions. Le montant levé n'est pas non plus la somme réellement disponible : tout dépend de son affectation et des termes de l'opération.
Un audit pour fiabiliser les chiffres
Après sa demande de programme au FMI, en mars, le Gabon a commandé un audit de sa dette. Celui-ci a ramené le stock à 9 525 milliards de FCFA, contre environ 11 700 estimés auparavant, et le ratio officiel à 68,91 % du PIB, selon les sources officielles. Le FMI juge le travail encore incomplet, précise une source sure, mais la démarche donne une base plus solide aux discussions avec les investisseurs.
Reste l'arithmétique budgétaire. Le projet de budget 2027 prévoit 1 144 milliards de FCFA d'emprunts internationaux, 667,3 milliards de charges financières et 1 879,5 milliards d'amortissement. Le service de la dette, environ 2 547 milliards, dépasserait les emprunts de marché prévus (1 744 milliards). Les investissements budgétaires reculeraient de 110,7 milliards.
La question est donc de savoir jusqu'où l'État peut recourir à l'endettement extérieur sans réduire davantage ses marges de manœuvre budgétaires. Audit et programme avec le FMI pourraient en fixer les limites.