À chaque période de tension budgétaire, le même débat refait surface : le Gabon peut-il financer son développement sans conclure un programme avec le Fonds monétaire international (FMI) ? La question revient avec insistance, comme si l'avenir économique du pays dépendait exclusivement d'un accord avec l'institution de Bretton Woods. Pourtant, le véritable enjeu est ailleurs.
Un accord avec le FMI n'est ni une fin en soi, ni une solution miracle. Il constitue avant tout un instrument destiné à restaurer la confiance, à soutenir les équilibres macroéconomiques et à accompagner des réformes structurelles. Dans bien des cas, il ouvre également la voie à d'autres financements en rassurant les bailleurs internationaux et les investisseurs.
Mais un programme avec le Fonds ne crée ni usines, ni emplois, ni richesse. Il ne remplace pas une politique économique. La vraie question est donc moins de savoir si le Gabon peut se passer du FMI que de comprendre comment il entend financer durablement son développement.
Ces dernières années, les autorités ont engagé plusieurs chantiers pour réduire la dépendance du pays aux revenus pétroliers. Diversification économique, transformation locale des matières premières, renforcement des recettes fiscales hors pétrole, recours au marché financier régional, mobilisation de partenaires techniques et développement des partenariats public-privé : autant de leviers destinés à élargir les sources de financement de l'économie.
Cette stratégie va dans le bon sens. Car aucune économie ne peut durablement fonder son développement sur une seule ressource ou sur un recours permanent à l'endettement.
La dette, qu'elle soit contractée auprès des marchés, des partenaires bilatéraux ou des institutions internationales, n'est pas un problème en soi. Elle le devient lorsqu'elle finance essentiellement des dépenses de fonctionnement plutôt que des investissements capables de générer de nouvelles richesses.
À l'inverse, une dette utilisée pour moderniser les infrastructures, développer l'énergie, renforcer les capacités industrielles ou améliorer la compétitivité des entreprises peut produire des effets durables sur la croissance.
Le véritable défi est donc celui de la création de valeur. Plus le Gabon développera un secteur privé dynamique, plus il transformera localement ses ressources naturelles, plus il exportera des produits à forte valeur ajoutée et plus il élargira son assiette fiscale, moins il dépendra des financements extérieurs pour soutenir son développement. C'est là que se joue la souveraineté économique.
Car un pays ne gagne pas son autonomie financière en renonçant à un partenaire. Il la construit en développant une économie capable de financer elle-même ses ambitions.
Le débat ne devrait donc pas opposer "avec le FMI" ou "sans le FMI". Il devrait porter sur une question plus ambitieuse : comment construire une économie capable de financer durablement ses priorités, quelles que soient les circonstances internationales ?
L'avenir économique du Gabon ne se jouera pas dans les bureaux du FMI à Washington. Il se jouera à Libreville, Port-Gentil, Franceville, Oyem ou Mouila. Dans les entreprises qui investiront, dans les usines qui transformeront les matières premières, dans les PME qui grandiront et dans les réformes qui renforceront la compétitivité du pays. Car, au bout du compte, aucun partenaire international ne peut créer à la place du Gabon la richesse dont il a besoin pour financer son propre développement.