L’écart entre ce que l’État encaissait sur les jeux de hasard et ce que pèse le seul marché des paris sportifs dit l’ampleur du manque à gagner. Avec le lancement officiel de la Gabonaise des Jeux (GDJ), la question n’est plus de savoir si le secteur rapporte, mais combien il pèse réellement. Personne n’est encore en mesure d’y répondre.
En 2024, les taxes et prélèvements sur les jeux de hasard ont rapporté environ 185 millions de FCFA à l’État gabonais. La projection pour 2025 était de 221,5 millions. Sur la même période, le seul marché des paris sportifs était évalué à 5,3 millions de dollars, soit environ 3 milliards de FCFA, selon l’entreprise allemande Statista. Rapportées à ce seul segment, les recettes projetées pour 2025 en représentent à peine 7 %. Le calcul reste approximatif, car les deux chiffres ne couvrent ni le même périmètre ni la même nature de flux. Il donne cependant un ordre de grandeur de ce qui échappait à la puissance publique.
D’autres estimations circulent. Un rapport du GABAC (Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale) évoque plus de 26 milliards de FCFA de chiffre d’affaires pour les seuls casinos physiques. Les recettes fiscales attendues en 2026 avoisineraient 1,3 milliard, selon Aymard Onguindi, opérateur du secteur interrogé par les Echos de l’éco. Ces données portent sur des segments et des années différents. Elles ne s’additionnent pas et ne permettent pas d’établir la taille du marché.
Un monopole sans tableau de bord
C’est précisément ce flou que l’État dit vouloir corriger. Lors de la cérémonie de lancement des activités de la GDJ, le ministre de l’Intérieur, Edgard Moukombi, a rappelé que l’absence de lisibilité du secteur avait conduit à sa reprise en main par l’État. « Nous voulons plus de clarté, de lisibilité et de transparence », a-t-il insisté.
Le directeur général de la GDJ, Roméo Nguema Ondo, ne prétend pas avoir déjà la réponse. Interrogé par les Echos de l’éco sur le potentiel du secteur, il a reconnu qu’on ne le connaît pas aujourd’hui : deux interlocuteurs avancent des chiffres différents pour un même segment. Mesurer « de façon progressive » le marché réel est, selon lui, l’une des raisons d’être de la société.
Le calendrier de la réforme explique en partie ce retard. La GDJ a été créée par ordonnance le 30 décembre 2025. Son directeur général a été nommé le 29 janvier 2026 et son premier conseil d’administration s’est tenu en août dernier. Le déploiement de son offre commerciale n’intervient qu’à l’automne.
Une traçabilité à moitié construite
L’outil censé produire ces chiffres n’est pas encore complet. La plateforme des jeux en ligne n’a démarré qu’en avril 2026 : les données disponibles pour cette année ne couvriront donc que quelques mois. Le jeu physique représente une part importante de l’activité, mais son dispositif de suivi est « en train d’être mis en place ». Il dépendra de la collaboration des opérateurs. Une connaissance « exhaustive et précise » du secteur n’est pas attendue avant que l’ensemble soit opérationnel.
Les opérateurs privés, longtemps nombreux, souvent étrangers et en partie informels, doivent se connecter à la plateforme nationale sous peine de sanctions. Une phase de candidatures aux nouvelles licences d’exploitation a été ouverte. La GDJ assure qu’elle ne vient pas « se substituer » à eux, mais « encadrer, sécuriser et valoriser » leur activité.
La donnée sert aussi la confiance, que Roméo Nguema Ondo présente comme « l’actif principal » du secteur. Il cite l’exemple d’un parieur débité sur son compte Mobile Money sans que la somme apparaisse chez l’opérateur. Grâce à ses données, la GDJ peut confirmer le débit et obliger l’opérateur à créditer le compte de jeu.
Une ambition chiffrée encore sous scellés
Reste la destination de l’argent. La GDJ a reçu mandat de financer durablement le championnat national de football. Une convention doit être signée avec la LINAFP une fois achevé l’assainissement du secteur engagé par le ministère des Sports. Selon son directeur général, l’objectif est de professionnaliser le championnat sans créer de dépendance, et d’autres disciplines suivront. Les jeux sont autorisés, a-t-il souligné, pour financer la collectivité, « pas pour enrichir l’État ».
La GDJ affirme disposer d’une ambition chiffrée sur les flux financiers. Elle sera d’abord soumise au conseil d’administration, puis rendue publique après validation du budget. Trois chiffres restent attendus : le montant visé, la part réservée au sport et à la culture, et la date à laquelle le jeu physique sera réellement tracé. D’ici là, le principal acquis du monopole est d’avoir reconnu ce que l’État ignore.
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