Selon le Baromètre économique de la Banque mondiale publié en septembre 2026, la croissance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a décéléré en 2025. Entre recul des recettes pétrolières, tensions budgétaires et pauvreté persistante, l’institution appelle à accélérer les réformes pour stimuler l’investissement et la création d’emplois.
La croissance ne suffit toujours pas à améliorer sensiblement les conditions de vie en Afrique centrale. En 2025, l’économie de la CEMAC a progressé de 2,6 %, contre 3,2 % en 2024, selon le Baromètre économique de la CEMAC – édition été 2026 de la Banque mondiale publié ce 20 octobre 2026. Dans le même temps, le revenu par habitant a reculé de 0,1 %, signe que la progression de l’activité reste insuffisante pour répondre aux besoins d’une population en expansion rapide.
Cette évolution met en évidence les fragilités d’un modèle économique encore fortement dépendant des hydrocarbures et des matières premières. La baisse des recettes issues du pétrole, conjuguée à la progression des dépenses publiques, a dégradé les équilibres budgétaires régionaux. Pour les six pays membres, l’enjeu consiste désormais à préserver la stabilité des finances publiques tout en créant les conditions d’une croissance plus diversifiée et génératrice d’emplois.
Des finances publiques sous pression
Le déséquilibre budgétaire constitue l’un des principaux signaux d’alerte du rapport. Le déficit budgétaire moyen de la CEMAC s’est creusé à 3,3 % du PIB en 2025, contre 1,6 % un an auparavant. Dans le même temps, les dépenses publiques ont atteint 21,1 % du PIB régional, tandis que les recettes totales sont retombées à 17,8 %.
À l’exception du Congo, dont l’excédent budgétaire s’est réduit à 0,6 % du PIB, tous les pays de la Communauté ont enregistré un déficit en 2025. La dette publique régionale est estimée à 53,6 % du PIB, avec des ratios supérieurs au plafond communautaire de 70 % au Gabon et au Congo, selon les estimations de la Banque mondiale.
Ces tensions réduisent les marges de manœuvre des gouvernements. Lorsque les recettes diminuent alors que les besoins de financement restent élevés, les États doivent arbitrer entre les dépenses courantes, le service de la dette et les investissements nécessaires au développement. La dépendance aux revenus pétroliers accentue cette vulnérabilité, en exposant les budgets nationaux aux fluctuations des cours internationaux et aux variations de la production.
Le pétrole reste déterminant
La fragilité budgétaire se retrouve dans les échanges extérieurs. En 2025, l’excédent commercial régional est passé de 6,7 % à 3,5 % du PIB, principalement sous l’effet de la baisse des prix du pétrole et du recul des exportations d’hydrocarbures.
Les hydrocarbures représentent encore environ 70 % des exportations de la région. Les exportations pétrolières ont diminué de 2,3 %, tandis que celles de gaz ont reculé de 10,5 %. Les ventes d’or et de cacao n’ont compensé que partiellement cette évolution, alors que les exportations de bois ont stagné.
Les réserves extérieures ont également diminué, passant de 4,9 mois de couverture des importations en 2024 à 4,2 mois en 2025, sous le seuil de cinq mois considérés comme adéquat par la CEMAC. Cette évolution souligne l’importance de renforcer les sources de revenus extérieurs et de réduire progressivement la concentration des exportations sur les hydrocarbures.
Une inflation en baisse, mais une pauvreté persistante
Tous les indicateurs ne sont cependant pas orientés à la baisse. L’inflation moyenne annuelle est retombée à 2,1 % en décembre 2025, après 4 % un an plus tôt, repassant ainsi sous le seuil de convergence régional de 3 %. Cette évolution a notamment bénéficié de la baisse des coûts d’importation, du maintien de certaines mesures de soutien aux prix et d’une production agricole favorable. En juin 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a abaissé son taux directeur de 4,75 % à 4,5 %.
Mais la modération de l’inflation ne suffit pas à résoudre les difficultés sociales. La Banque mondiale estime qu’environ 25 millions de personnes vivent dans la pauvreté dans la région. En 2025, 36,2 % de la population de la CEMAC disposait de moins de trois dollars par jour, selon le seuil de pauvreté utilisé dans le rapport.
Le chômage, estimé à environ 10 % de la population active, et une croissance démographique proche de 3 % par an renforcent la pression sur les marchés du travail et les services publics. La progression de l’activité économique doit donc se traduire par des emplois plus nombreux et de meilleure qualité pour avoir un effet durable sur les conditions de vie.
Réformes et investissement pour changer de modèle
Face à ces contraintes, la Banque mondiale recommande d’améliorer la mobilisation des recettes intérieures, de renforcer l’efficacité des dépenses publiques et d’accélérer les réformes structurelles. L’investissement dans les infrastructures énergétiques et de transport, le développement des compétences et l’amélioration du climat des affaires figurent parmi les leviers identifiés.
L’objectif est de favoriser un secteur privé plus dynamique, capable de créer des emplois au-delà des industries extractives. Cela suppose également de faciliter les échanges commerciaux, de réduire les obstacles réglementaires et de renforcer la capacité des entreprises à accéder aux marchés régionaux.
La Banque mondiale prévoit une croissance moyenne de 3,2 % dans la CEMAC sur la période 2026-2028. Cette perspective reste néanmoins exposée aux incertitudes internationales, aux tensions commerciales et aux risques géopolitiques, susceptibles d’affecter les coûts d’emprunt, les prix des produits importés et la demande mondiale.
Pour les économies de la sous-région, le défi dépasse ainsi le retour à une croissance plus soutenue. Il consiste à rendre cette croissance moins dépendante des hydrocarbures, plus créatrice d’emplois et davantage capable d’améliorer les revenus des ménages. La réussite des réformes budgétaires et structurelles sera déterminante pour transformer les ressources naturelles de la CEMAC en progrès économiques et sociaux durables.
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