Le premier mensuel économique au Gabon.

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Sept Eurobonds en vingt ans : ce que le Gabon a gagné… et ce qu'il devra encore payer

Sept Eurobonds en vingt ans : ce que le Gabon a gagné… et ce qu'il devra encore payer

Entre 2007 et 2026, le Gabon a mobilisé près de 5,7 milliards de dollars (environ 3 243 milliards de FCFA) à travers sept émissions d'Eurobonds. Officiellement, ces opérations de financement devaient accompagner la diversification de l'économie, soutenir les investissements publics et préserver les équilibres macroéconomiques. Deux décennies plus tard, le bilan apparaît contrasté : si ces émissions ont permis à l'État de maintenir sa capacité de financement dans des périodes difficiles, elles ont également accru la dépendance du pays aux marchés internationaux.

2007-2017 : une décennie portée par la rente pétrolière

Le premier Eurobond, d'un montant d'un milliard de dollars (près de 575 milliards de FCFA), est émis en 2007 alors que les cours du pétrole évoluent à des niveaux historiquement élevés. L'objectif affiché est de financer des investissements publics.

En 2013, une nouvelle émission de 1,5 milliard de dollars intervient afin de soutenir le financement du budget de l'État et de plusieurs projets d'investissement. Deux autres opérations suivent : 500 millions de dollars en 2015, dans un contexte de chute des prix du pétrole, puis 200 millions de dollars en 2017.

Selon la Direction générale de la Dette, ces ressources devaient contribuer au financement des infrastructures et soutenir la stratégie de diversification économique. Durant cette période, les coupons servis aux investisseurs se situent généralement entre 5 % et 6 %, un niveau alors compatible avec les conditions de financement des pays africains notés sur les marchés internationaux.

2020-2021 : la pandémie révèle les vulnérabilités

La crise sanitaire marque un tournant. En 2020, le Gabon émet un nouvel Eurobond d'un milliard de dollars afin de faire face aux conséquences économiques de la pandémie. En 2021, une opération de refinancement de 580 millions de dollars est réalisée afin d'allonger les maturités de certaines dettes existantes.

Cette période traduit cependant une évolution de la structure de l'endettement. Une part croissante des nouvelles émissions sert désormais à refinancer des engagements existants plutôt qu'à financer exclusivement de nouveaux investissements. Dans le même temps, la notation souveraine se dégrade progressivement et les coûts de financement augmentent.

2021-2026 : un retour plus coûteux sur les marchés

Après plusieurs années d'accès limité aux marchés internationaux, le Gabon revient en 2026 avec une émission de 920 millions de dollars, assortie d'un coupon de 9,375 %.

L'opération est largement sursouscrite, signe d'un intérêt marqué des investisseurs. Toutefois, cette sursouscription ne signifie pas nécessairement que le risque gabonais a disparu. Elle traduit également le contexte international, dans lequel de nombreux investisseurs recherchent des rendements élevés sur les marchés émergents.

Le coût du financement est, en revanche, nettement supérieur à celui des premières émissions. Là où le Gabon empruntait autour de 5 à 6 % dix ans auparavant, il doit désormais rémunérer ses investisseurs à 9,375 %, reflet d'une perception du risque plus importante.

Une émission qui répond à plusieurs objectifs

Selon les autorités gabonaises, les ressources levées permettront de financer des investissements prioritaires mais également de régler une partie des arriérés de paiement de l'État.

D'après plusieurs observateurs économiques, cette opération s'inscrit aussi dans une stratégie plus large visant à restaurer progressivement la crédibilité financière du pays avant la conclusion attendue d'un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le retour sur les marchés constitue donc davantage une étape dans une stratégie de gestion de la dette qu'une solution définitive aux déséquilibres des finances publiques.

Un bilan contrasté

Au total, le Gabon a levé près de 5,7 milliards de dollars sur les marchés internationaux.

En revanche, il est difficile d'établir précisément l'affectation économique de l'ensemble de ces ressources. Une partie a financé des investissements publics, une autre a servi au refinancement de dettes existantes ou au soutien de la trésorerie de l'État.

En conséquence, il n'est pas possible d'affirmer que "aucune" émission n'a permis de financer des infrastructures majeures, faute d'un audit public consolidé retraçant l'utilisation détaillée de l'ensemble des fonds.

Le constat demeure néanmoins que la diversification économique attendue reste limitée et que la dépendance aux recettes pétrolières continue de caractériser les finances publiques gabonaises.

Les échéances à venir

Les prochaines années seront déterminantes.

L'émission réalisée en 2026 reporte une partie des remboursements mais augmente également la charge future de la dette. Le coupon annuel de 9,375 % représente un coût financier significatif jusqu'à l'échéance prévue en 2033.

Au-delà des intérêts, plusieurs remboursements importants interviendront au cours de la prochaine décennie, obligeant probablement le Gabon à refinancer une partie de ses obligations si les ressources budgétaires demeurent insuffisantes.

La soutenabilité de cette dette dépendra essentiellement de trois facteurs : la croissance économique ; la diversification des recettes publiques; la capacité de l'État à maîtriser durablement son déficit budgétaire.

La véritable question

Après sept émissions d'Eurobonds et près de 5,7 milliards de dollars levés sur les marchés internationaux, le Gabon dispose aujourd'hui d'une expérience significative du financement obligataire.

Ces emprunts ont permis d'assurer la continuité du financement de l'État dans plusieurs périodes de tension économique. En revanche, ils n'ont pas, à eux seuls, permis de transformer durablement la structure de l'économie gabonaise.

Le véritable enjeu n'est donc plus de savoir si le pays peut continuer à emprunter. Les marchés ont démontré qu'ils restent disposés à financer le Gabon, à condition d'être rémunérés en conséquence.

La question est désormais de savoir si les ressources mobilisées permettront enfin de générer suffisamment de croissance, de diversification économique et de recettes publiques pour réduire progressivement la dépendance du pays à l'endettement international. C'est à cette condition que les Eurobonds cesseront d'être un simple instrument de refinancement pour devenir un véritable levier de développement.

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