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Gaz torché : le Gabon veut taxer le gaspillage et valoriser ses réserves

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Gaz torché : le Gabon veut taxer le gaspillage et valoriser ses réserves

Le gouvernement envisage une taxe sur le gaz naturel torché lors des activités pétrolières. L’objectif est de réduire les pertes d’une ressource énergétique, de renforcer les recettes publiques et d’encourager les investissements dans sa valorisation. Un enjeu économique important pour un pays qui, selon les données présentées lors de travaux antérieurs sur le sujet, importe 80 % du gaz butane qu’il consomme.

Le Gabon veut donner une valeur économique au gaz brûlé lors de l’exploitation pétrolière. Le communiqué final du Conseil des ministres du 8 octobre 2026 annonce la perspective d’une taxe sur le gaz naturel torché pendant les phases d’exploration, de développement, de production et de traitement des hydrocarbures. Le dispositif vise à limiter les incidences environnementales de cette pratique, à encourager la récupération du gaz et à renforcer les recettes publiques.

Cette orientation intervient alors que le pays fait face à un paradoxe énergétique. Lors d’une réunion du Comité du Plan d’accélération de la transformation (PAT) consacrée à la valorisation du gaz, l’expert gabonais Yann Yangari indiquait que le Gabon importait 80 % du gaz butane consommé sur son territoire, alors que plus de 80 % du gaz découvert dans le pays était brûlé par torchage.

L’enjeu dépasse donc la création d’un prélèvement fiscal. Il consiste à déterminer dans quelle mesure le gaz actuellement torché pourrait contribuer à réduire certaines dépendances énergétiques, alimenter les activités industrielles et générer de nouvelles recettes.

Un potentiel de valorisation encore à concrétiser

Lors des échanges du Comité du PAT, des experts évoquaient des réserves de gaz naturel estimées à un peu plus de 100 milliards de mètres cubes, susceptibles, selon eux, d’alimenter des projets structurants pour l’économie gabonaise.

Les experts soulignaient une difficulté dans les arbitrages des opérateurs pétroliers : le pétrole est directement associé à une valeur commerciale, tandis que le gaz peut être perçu comme un risque lorsque les infrastructures et les débouchés nécessaires à sa commercialisation ne sont pas disponibles.

La logique défendue consiste à inciter les entreprises à présenter des projets permettant de récupérer ce gaz et d’en tirer un revenu plutôt que de le brûler. Cette approche suppose toutefois des investissements dans la collecte, le traitement, le transport et, selon les usages retenus, la production d’électricité ou la transformation industrielle.

Le potentiel ne se traduit donc pas automatiquement en richesse disponible. La viabilité des projets dépendra des volumes récupérables, de la localisation des gisements, des coûts d’infrastructure et de l’existence d’une demande solvable.

Électricité, butane et industrie : les débouchés possibles

La production d’électricité constitue l’un des débouchés déjà explorés au Gabon. Perenco, qui a commencé à exploiter le gaz dans le pays en 2006 selon les éléments transmis, a déjà développé un réseau de plus de 500 kilomètres de conduites de transport de gaz à haute pression, d’après le directoire de la compagnie.

Le gaz acheminé par ce réseau sert principalement à alimenter des centrales électriques, en remplacement notamment du diesel importé. Cette substitution peut présenter un intérêt économique en réduisant l’exposition aux importations de combustible, sous réserve des coûts de production, de transport et de fonctionnement des installations.

Lors d’une présentation antérieure, Perenco avait également annoncé son intention d’accroître la part du gaz de torchère dans son réseau commercial, avec l’objectif qu’il représente environ 40 % de l’approvisionnement de ce réseau à la fin de 2021. L’entreprise avait alors associé cette perspective à un volume équivalent aux besoins de l’agglomération de Port-Gentil.

Au-delà de l’électricité, le gaz pourrait soutenir d’autres activités. Les discussions engagées en avril 2025 entre le ministère du Pétrole, la Gabon Oil Company et la Convention des entreprises pétrolières autochtones du Gabon ont notamment évoqué la récupération du gaz pour alimenter des centrales thermiques et développer des filières industrielles telles que la production d’ammoniac et d’engrais.

La valorisation du gaz pourrait ainsi contribuer à diversifier les usages d’une ressource aujourd’hui partiellement perdue. Mais les bénéfices attendus dépendront de la réalisation effective des projets, de leur financement et de leur compétitivité.

La taxe, un levier pour changer les pratiques

La mesure annoncée par le gouvernement pourrait modifier les calculs économiques des opérateurs, selon les observateurs. En associant un coût au torchage, l’État chercherait à rendre plus attractifs les investissements dans la récupération du gaz lorsque celle-ci est techniquement possible et économiquement viable.

L’efficacité du dispositif dépendra toutefois de son calibrage. Une taxe trop faible pourrait ne pas modifier les comportements. À l’inverse, un prélèvement élevé, en l’absence de solutions techniques ou de débouchés commerciaux, pourrait alourdir les coûts d’exploitation sans réduire sensiblement les volumes torchés.

Le communiqué du Conseil des ministres ne précise ni le taux envisagé, ni les volumes annuels concernés, ni les recettes attendues. Il ne permet donc pas encore d’évaluer le rendement budgétaire de cette nouvelle fiscalité.

Le succès de la mesure devra également être apprécié au-delà des recettes collectées. Si les opérateurs investissent dans la récupération du gaz et réduisent le torchage, le produit de la taxe pourrait diminuer à terme. Cette évolution pourrait néanmoins traduire une meilleure valorisation des ressources naturelles et le développement de nouvelles activités économiques.

Des données nécessaires pour mesurer les résultats

Le projet s’inscrit dans le prolongement des engagements du Gabon en faveur de la réduction du torchage de routine à l’horizon 2030. Il associe ainsi une ambition environnementale à des objectifs de valorisation énergétique et de mobilisation de recettes publiques.

Pour apprécier sa portée, plusieurs indicateurs devront être rendus disponibles : les volumes de gaz torché par les installations, les quantités techniquement récupérables, le coût des infrastructures nécessaires et les projets de valorisation effectivement engagés. Le taux de taxation, les modalités de contrôle et le traitement des situations où le torchage répond à des contraintes techniques ou de sécurité seront également déterminants.

Pour le Gabon, la question est désormais de savoir comment convertir une ressource brûlée en énergie, en production industrielle et en revenus. La taxe annoncée pourrait constituer un levier dans cette direction, à condition qu’elle s’accompagne de données transparentes, de règles applicables et de conditions favorables à l’investissement.

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