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Gabon-Gambie : ce que la coopération Sud-Sud peut apporter à la transformation économique

Gabon-Gambie : ce que la coopération Sud-Sud peut apporter à la transformation économique

Au-delà des accords diplomatiques, Libreville cherche dans l’expérience gambienne des solutions concrètes dans la santé, la formation et la gouvernance des services publics. Une approche qui illustre une nouvelle forme de diplomatie économique fondée sur le partage d’expertises plutôt que sur la seule multiplication des partenariats.

La diplomatie africaine ne se résume plus uniquement aux visites officielles et aux signatures d’accords. De plus en plus, les États cherchent à transformer leurs relations bilatérales en instruments de développement économique, capables de répondre à des défis concrets : souveraineté sanitaire, formation des compétences, sécurité alimentaire ou encore efficacité des services publics.

La visite de quatre jours effectuée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en Gambie s’inscrit dans cette nouvelle logique. Au-delà du symbole diplomatique, le rapprochement entre Libreville et Banjul ouvre une réflexion sur la capacité des pays africains à valoriser leurs propres expériences et à construire des coopérations fondées sur le transfert de savoir-faire.

La Gambie, un laboratoire de réformes ciblées

La Gambie, malgré la taille limitée de son économie, a engagé ces dernières années plusieurs réformes visant à renforcer certaines fonctions essentielles de l’État, notamment dans les domaines de la santé publique, de la formation et des infrastructures sociales.

Dans le secteur sanitaire, la mise en place d’infrastructures dédiées au contrôle de la qualité des aliments et des médicaments illustre une volonté de renforcer la surveillance des produits entrant sur le marché national. Pour un pays comme le Gabon, fortement dépendant des importations dans plusieurs secteurs de consommation, cette expérience présente un intérêt particulier.

L’enjeu dépasse la seule question sanitaire. La capacité d’un État à contrôler la qualité des produits alimentaires et pharmaceutiques participe directement à la protection des consommateurs, à la réduction des risques économiques liés aux produits non conformes et au développement d’un environnement plus favorable aux producteurs locaux.

La coopération avec Banjul pourrait ainsi nourrir la réflexion gabonaise sur la construction d’une véritable souveraineté sanitaire, devenue un élément stratégique dans un contexte marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Des expertises à identifier plutôt qu’un modèle à copier

L’intérêt de cette coopération ne réside pas dans une reproduction mécanique de l’expérience gambienne. Les deux pays disposent de structures économiques différentes.

Le Gabon possède d’importantes ressources naturelles, un niveau de revenu par habitant plus élevé et une base industrielle plus développée, notamment dans les secteurs pétrolier et minier. La Gambie, de son côté, a développé des approches ciblées dans certains domaines avec des moyens différents.

L’enjeu est donc moins d’importer un modèle que d’identifier des solutions adaptées aux réalités gabonaises.

Dans cette perspective, les échanges dans le domaine de la formation apparaissent particulièrement stratégiques. L’ouverture potentielle des établissements universitaires gambiens aux étudiants gabonais pourrait contribuer à diversifier les parcours de formation et à renforcer le capital humain, une condition indispensable pour accompagner la transformation économique du pays.

Car l’industrialisation ne dépend pas uniquement des infrastructures ou des investissements. Elle repose également sur la disponibilité de compétences capables de concevoir, gérer et développer les secteurs productifs.

Une diplomatie économique orientée vers les résultats

La création d’une Grande Commission mixte entre les deux pays et les accords facilitant la circulation des responsables publics constituent des outils destinés à structurer davantage les échanges.

Reste désormais la question essentielle : comment transformer ces instruments diplomatiques en projets économiques concrets ?

L’efficacité d’une coopération se mesure moins au nombre d’accords signés qu’aux résultats obtenus : partenariats entre entreprises, programmes de formation, échanges d’expertise, investissements croisés ou amélioration des politiques publiques.

Pour le Gabon, engagé dans une phase de diversification économique, ces partenariats peuvent constituer une source d’apprentissage et d’inspiration. La sécurité sanitaire, la formation des cadres, la qualité de la régulation ou encore la modernisation des services publics sont autant de leviers qui influencent directement la compétitivité d’une économie.

La coopération Sud-Sud comme outil de souveraineté

Cette séquence diplomatique illustre une évolution plus large des relations africaines. La coopération entre États du continent ne repose plus seulement sur la solidarité politique, mais tend progressivement à intégrer des objectifs économiques précis.

Pour le Gabon comme pour d’autres pays africains, le défi consiste désormais à transformer cette proximité géographique et culturelle en avantages économiques concrets.

La véritable réussite de cette coopération ne se mesurera donc pas uniquement aux déclarations communes, mais à sa capacité à produire des résultats visibles : une meilleure maîtrise des normes sanitaires, des compétences renforcées, des administrations plus efficaces et, à terme, une économie plus résiliente.

Car dans un environnement international marqué par les incertitudes, la souveraineté économique se construit aussi par la capacité des pays africains à apprendre les uns des autres.

 

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