Le premier mensuel économique au Gabon.

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Le Gabon mise sur 8 nouvelles mines d’ici 2030

Le Gabon mise sur 8 nouvelles mines d’ici 2030

Face au déclin progressif de sa production pétrolière, le Gabon accélère son offensive minière. Le gouvernement annonce l'ouverture potentielle de huit exploitations entre 2026 et 2030, avec l'ambition de porter la contribution du secteur jusqu'à 15-20 % de la croissance économique. Entre nouveaux investissements, création d'emplois et impératif de transformation locale, le pays veut faire de son sous-sol le nouveau moteur de son développement.

Pendant cinquante ans, le pétrole a structuré l'économie gabonaise. Mais cette époque s'achève. Avec une production en déclin inéluctable et une dépendance chronique aux fluctuations du marché, le Gabon ne peut plus se permettre de reposer sur les hydrocarbures. Cette réalité pousse désormais le gouvernement à accélérer une diversification stratégique vers le secteur minier, transformant ce qui était autrefois un complément en nouveau pilier économique.

Cette réorientation n'est pas nouvelle en intention, mais elle devient structurante en exécution. Les ressources minières du Gabon sont considérables et variées. Le manganèse de Moanda, exploité depuis 1962 par Comilog (filiale d'Eramet), demeure un atout stratégique majeur avec des réserves estimées à plus de cinquante ans. Mais c'est désormais vers de nouveaux horizons que se tournent les regards : fer, potasse, or, et même uranium constituent l'épine dorsale de la nouvelle stratégie.

Sosthène Nguema Nguema, ministre des Mines depuis début 2026, incarne cette nouvelle ambition. Sept mois seulement après son arrivée au ministère, il décrit un Gabon en transformation accélérée. « Nous sentions un frémissement en passe de faire de l'exploitation minière le nouveau moteur de l'économie gabonaise », confie-t-il à RFI. Cette perception n'est pas rhétorique : elle traduit une volonté politique réelle de sortir du modèle de rente pétrolière pour construire une économie minière diversifiée.

Huit mines annoncées : le calendrier d’une transformation

Le ministre détaille précisément le calendrier de cette transformation. Entre 2026 et 2030, le Gabon envisage l'ouverture de huit nouveaux projets miniers susceptibles de révolutionner le paysage économique du pays. « Nous avons identifié et fait une programmation par rapport à l'ouverture de plusieurs mines. Dans cette fourchette, il a été identifié à peu près huit mines qui pourront voir le jour », énonce-t-il.

Cette programmation inclut des noms qui résonnent comme des promesses de transformation : la mine de Milingui pour le fer, la mine de potasse, la mine d'Étéké pour l'or, la mine de Baniaka pour le fer, la mine de Mébaga pour le fer, et la mine de M'Bilan pour le fer également. Cette énumération révèle une stratégie particulière : la multiplication des gisements de fer, minerai recherché par l'industrie mondiale et porté par la demande asiatique en acier.

Cette multiplication de projets représente bien plus qu'une simple addition de sites d'exploitation. Elle signale l'arrivée de nouveaux investisseurs internationaux, l'émergence d'une expertise minière gabonaise, le développement d'infrastructures dédiées et, potentiellement, la naissance d'un véritable écosystème minier régional. Le Gabon ne serait plus un simple producteur de manganèse, mais un acteur majeur et diversifié du marché minier africain.

Les implications socio-économiques sont considérables. L'ouverture de ces huit mines ne créera pas seulement des milliers d'emplois directs dans l'extraction et la transformation. Elle induira également des besoins massifs en infrastructures de transport, en énergies, en services logistiques, générant un effet multiplicateur significatif sur l'économie gabonaise. Le ministre projette d'ailleurs une croissance à deux chiffres du secteur minier lui-même.

Le défi de la valeur ajoutée : transformer, puis exporter 

Mais l'ambition du Gabon ne s'arrête pas à l'extraction. Elle vise bien au-delà. Aujourd'hui, le secteur minier ne représente que 6 % de la contribution à la croissance économique gabonaise. Le gouvernement envisage d'élever significativement ce pourcentage. « Nous envisageons de relever ce pourcentage dans les mois et les années qui suivent pour essayer de franchir la barre de 15-20 % », précise le ministre.

Ce triplement ambitieux ne sera possible que si le Gabon réussit à transformer un simple modèle d'exportation de matières premières en véritable chaîne de valeur industrielle. Cela signifie construire des capacités de transformation locale : des usines de concentration du minerai, de pelletisation du fer, de raffinage de l'or. Cela exige aussi une sécurisation énergétique des sites d'exploitation, un développement massif des infrastructures portuaires et routières pour l'évacuation des minerais, et une formation massive du capital humain qualifié.

Les enjeux réglementaires sont tout aussi cruciaux. Attirer des investisseurs mondiaux nécessite un cadre fiscal stable, transparent et prévisible. Des zones économiques spéciales pourraient faciliter les investissements. Des partenariats public-privé stratégiques pourraient mutualiser les risques. La transformation locale ne doit pas être perçue comme un coût supplémentaire, mais comme un levier de création de valeur et d'emplois qualifiés.

Le Gabon possède aussi un avantage comparatif souvent négligé : sa proximité avec les ports de la sous-région, son accès à une électricité relativement abondante (notamment via ses ressources hydroélectriques), et sa localisation géographique centrale en Afrique. Ces atouts peuvent être activés pour attirer les grands transformateurs miniers et faire du Gabon un pôle régional de traitement du minerai, et pas seulement d'extraction.

Le nouveau pari économique du Gabon

Le Gabon joue ainsi une nouvelle séquence économique majeure. Après plusieurs décennies de dépendance aux hydrocarbures, le pays écrit un nouveau chapitre autour de ses ressources minières. Les huit mines programmées ne sont pas seulement des chiffres sur un tableau ministériel : elles symbolisent une volonté politique de rupture avec le passé rentier. Mais ce pari comporte des risques. La volatilité des prix des minerais, les défis de la transformation locale, les investissements massifs requis en infrastructure, et la nécessité de former une main-d'œuvre qualifiée représentent autant de défis. Le calendrier annoncé est ambitieux, peut-être audacieux. Les délais de développement des grandes mines s'étirent souvent au-delà des prévisions initiales.

Néanmoins, la direction est claire : le Gabon veut cesser d'être un simple exportateur de matières premières brutes pour devenir un véritable producteur de valeur. Si le gouvernement parvient à transformer cette ambition en réalité concrète, avec des mines opérationnelles, une transformation locale effective, et des chaînes de valeur construites, le Gabon pourrait effectivement devenir un des leaders miniers africains d'ici une décennie. C'est sur ce fondement que repose le succès de cette offensive minière.

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