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CNNII : entre dette abyssale et modèle d’affrètement, l’équation financière du redressement

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CNNII : entre dette abyssale et modèle d’affrètement, l’équation financière du redressement

Dans un entretien accordé au quotidien l'Union du 25 août 2026, le directeur général de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII), Alexis Mpiga Okoumba, détaille la feuille de route du transporteur maritime public. Entre un passif social lourd et des impératifs d'assainissement, l'armateur national tente de concilier sobriété budgétaire et impératifs de souveraineté logistique.

L'état des lieux dressé par le manageur à son arrivée en 2024 illustre l'ampleur du désastre opérationnel et comptable. L'entreprise cumulait 17 mois d'arriérés salariaux, aucun état financier certifié depuis cinq ans et une absence totale d'outils de pilotage.

« À mon arrivée en 2024, le diagnostic révélait un arrêt complet. Aucun navire, pas de recettes, aucun état financier certifié depuis cinq ans... La dette sociale comptait 17 mois d'arriérés de salaires. C'est abyssal », a révélé Alexis Mpiga Okoumba.

Cette faillite opérationnelle s'est traduite par une dégradation marquée du climat social et une rupture de confiance avec les partenaires bancaires et commerciaux. L'absence de dessertes nationales de fret et de passagers a, en outre, lourdement pénalisé l'économie des régions enclavées, augmentant mécaniquement le coût du transport des marchandises et fragilisant le pouvoir d'achat des ménages.

La stratégie : « affréter avant d'acheter »

Face à l'impossibilité financière de procéder immédiatement à l'acquisition d'une flotte neuve en fonds propres, la direction générale a adopté une stratégie d'affrètement pragmatique. La reprise effective du fret maritime en février 2026 s'est appuyée sur l'affrètement de l’Elobey VI sur la ligne stratégique Libreville - Port-Gentil. Le bilan d’étape présenté par Alexis Mpiga Okoumba affiche 58 rotations et près de 13 000 unités transportées en cinq mois. 

Ce modèle « affréter avant d'acheter » vise à tester la viabilité commerciale des lignes et à générer un fonds de roulement immédiat afin d'assurer l'autofinancement progressif des charges courantes, notamment la masse salariale.

« Notre méthode : affréter les unités, prouver la viabilité d'un secteur, puis acheter sur la base des résultats. Cette méthode a fait ses preuves sur la ligne Libreville-Port-Gentil, et nous l'étendons au transport d'agrégats et au transport de passagers », a assuré le directeur général de la CNNII.

Tournant institutionnel et refinancement de la dette

Le virage institutionnel décisif est intervenu le 25 juin 2026 avec l'adoption, en Conseil des ministres, du statut d'Établissement Public à Caractère Industriel et Commercial (EPIC). Ce nouveau cadre juridique rétablit le monopole d'État sur le fret maritime et fluvial tout en conférant un droit de priorité sur les activités connexes.

Parallèlement, une convention a été signée en juillet 2026 entre l'État et l'entreprise pour la prise en charge globale de 22 mois d'arriérés de salaires accumulés sur les périodes 2019-2023 et 2025-2026. La validation de ce passif social par le Trésor public constitue un préalable essentiel pour lever la défiance bancaire et négocier de nouveaux financements de campagne.

Bien que des défis majeurs demeurent, notamment la certification des comptes des cinq derniers exercices et la réintégration effective des 38 marins brevetés gabonais à bord des unités futures, la CNNII s'efforce de stabiliser ses fondamentaux économiques pour s'inscrire durablement dans le plan stratégique national TSALACH et la « Mission XXL. »

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