Le Conseil des ministres du 18 septembre, qui s’est tenu à Port-Gentil, a pris acte de l'interpellation du Gabon par les États-Unis à l'Organisation mondiale du commerce. À trois mois de l'échéance, le gouvernement doit concilier souveraineté alimentaire et engagements commerciaux.
Le 1er janvier 2027 devait marquer un tournant pour l'aviculture gabonaise. Annoncée en mai 2025, l'interdiction des importations de poulet de chair vise à offrir un marché protégé aux éleveurs nationaux. La mesure est pourtant contestée par les États-Unis au sein de l'OMC, selon la presse gabonaise.
Réuni le 18 septembre 2026, le Conseil des ministres a pris acte de cette interpellation, présentée par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération. Le communiqué final demande au gouvernement d'élaborer une stratégie nationale « afin de prévenir tout contentieux commercial et de préserver les intérêts économiques du pays ». Celle-ci devra s'appuyer sur les exceptions prévues par les accords de l'OMC et sur la négociation diplomatique.
Une filière encore dépendante des importations
Les enjeux sont considérables. D'après la presse, le Gabon importe environ 95 % de sa consommation de volaille, soit près de 100 000 tonnes par an, tandis que la production locale n'en couvre qu'environ 5 %. Le Brésil et l'Union européenne demeurent les principaux fournisseurs, les États-Unis n'occupant qu'une place marginale. La mesure bouscule donc des flux bien établis, bien au-delà du seul cas américain.
L'État a fait de la filière une priorité : accompagnement des éleveurs, appui à la production de maïs et de soja pour réduire le coût de l'alimentation animale, annonces d'investissements. Reste à savoir si l'offre nationale pourra répondre à la demande dès janvier. Une interdiction sans capacité de production suffisante risquerait de se traduire par des rayons dégarnis ou par une hausse des prix pour les ménages.
Un front juridique encore flou
Sur le plan juridique, la prudence s'impose. Les modalités précises de la démarche de Washington et les arguments invoqués n'ont pas été détaillés publiquement. Une interpellation à l'OMC ne vaut pas condamnation : elle ouvre un processus au cours duquel les arguments de chaque partie sont examinés. Libreville garde donc une marge pour défendre sa position, notamment au titre de la sécurité alimentaire ou de la protection d'une industrie naissante. Encore faudra-t-il en faire la démonstration. Le même Conseil a d'ailleurs relevé un arriéré de contribution à l'OMC de 228 997 francs suisses, un détail peu favorable à Libreville à Genève.
Le calendrier est serré. Entre l'élaboration de la stratégie, les discussions avec les partenaires commerciaux et la montée en puissance des éleveurs, le gouvernement a trois mois pour trancher : maintenir l'interdiction, l'aménager ou la moduler. Ce choix dira beaucoup de la capacité du Gabon à transformer la souveraineté alimentaire en projet réaliste, et pas seulement en slogan.