Alors que le Gabon s’apprête à commémorer le 17 août son Indépendance et le 30 août la fête de la Libération, l’effervescence des préparatifs festifs ne masque pas les interrogations récurrentes des ménages librevillois sur leur pouvoir d’achat.
Si l’engouement patriotique est palpable dans les rues de la capitale, les discussions sur les marchés traditionnels restent focalisées sur le coût du panier de la ménagère. Un paradoxe apparent : l’inflation est officiellement jugée « maîtrisée » par les institutions financières régionales et internationales, avec une projection autour de 2 % en 2026. Pourtant, sur le terrain, le ressenti est parfois différent. Marc Ratsimba, habitant du quartier Louis , témoigne sans détour : « Les prix sont même en hausse. On pensait qu'avec la politique du président, les commerçants allaient suivre, mais certains ont des prix exorbitants ». Un constat que nuance Aïcha Tsoumbou, qui reconnaît des « avancées » même si elles ne sont « pas encore visibles » à court terme pour tous les foyers.
Alimentation, logement et transport : les trois piliers du budget familial sous tension
Le poste alimentaire reste le plus sensible. Selon l’Indice Harmonisé des Prix à la Consommation (novembre 2024), les légumes frais ont augmenté de 3,6 % sur un an, le poisson fumé de 2,3 % et les tubercules de 2,6 %. Sur le marché, les écarts sont parfois plus marqués, comme le rapporte Mama Naderge : « Le filet d'oignon va de 14 000 à 20 000 FCFA. La banane qu'on payait 24 000, maintenant c'est 35 000 FCFA ».
Dans ce contexte, le salaire moyen net mensuel, estimé à 240 000 FCFA, impose une gestion rigoureuse, d’autant que les loyers pour un logement modeste dépassent souvent les 100 000 FCFA. « Les salaires ne sont pas si hauts. Ajoutez la vie chère, les maisons chères… À la fin, on n'a même plus de quoi mettre de côté », confie Emmely, employé d’une société de téléphonie mobile, résumant le dilemme de nombreux actifs.
Regard d’expert : des causes structurelles, des réponses engagées
Pour Jess Farel NDONG BIYOGUO Biyogue, expert économiste, cette pression sur les prix trouve ses racines dans des déséquilibres profonds : « Cette hausse persistante des prix s’explique par des raisons structurelles. Nous ne produisons pas assez pour satisfaire le marché national, ce qui nous rend dépendants des importations – près de 800 milliards de FCFA par an – dans un système d’économie de marché où les prix suivent la loi de l’offre et de la demande ».
Il pointe également la parafiscalité qui pèse sur les PME et les petits commerçants, alourdissant mécaniquement le prix final. « Il faudrait mettre en place des mécanismes pour alléger les opérateurs économiques qui créent l’emploi et la richesse », plaide-t-il.
L’économiste salue cependant les initiatives publiques déjà engagées, à commencer par la mise en place de la Centrale d’Achat (CEAG), conçue pour mutualiser les importations et réduire les coûts logistiques. « C’est une réponse provisoire mais qui n’est pas encore opérationnelle à 100 %. Les grands marchés permettent aux populations économiquement faibles d’accéder à des prix relativement bas. Mais pour un impact durable, il faut aller plus loin », nuance-t-il.
Vers une feuille de route pour un pouvoir d’achat préservé
Parmi les leviers évoqués par les analystes pour soutenir les ménages figurent le renforcement des contrôles inopinés avec des sanctions dissuasives, l’accélération de l’opérationnalisation de la CEAG, et surtout un investissement massif dans l’agriculture locale. « La solution finale, c’est d’investir dans une production agricole créatrice d’emplois et de richesse, afin de casser la spirale des prix importés », insiste Jess Farel NDONG BIYOGUO.
Dans un environnement monétaire contraint, le taux directeur de la BEAC est maintenu à 4,75 % et alors que la dette publique devrait dépasser le seuil de 70 % du PIB, les marges de manœuvre budgétaires sont étroites. Les autorités en sont conscientes et multiplient les concertations avec les opérateurs économiques pour trouver des solutions durables.
En cette période de célébrations nationales, l’heure est à la fois à la fierté et à la lucidité. Les défis quotidiens des ménages ne sauraient occulter les efforts engagés, mais ils rappellent avec force l’urgence d’accélérer les réformes de fond pour que la prospérité collective profite à tous les Gabonais.