Au Gabon, Women in Logistics Africa mise sur le développement des compétences pour accompagner la transformation des chaînes d'approvisionnement à l'heure de la ZLECAf.
Longtemps, la compétitivité africaine s'est mesurée à l'aune des infrastructures : ports, routes, corridors logistiques. Un autre déterminant s'impose désormais : le capital humain. À l'heure de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), la professionnalisation des métiers de la logistique devient un impératif stratégique, et les femmes en sont un vecteur clé.
Créée en 2021 à Abidjan, Women in Logistics Africa (WILA) œuvre pour une meilleure représentation féminine dans un secteur historiquement masculin. Présente dans une quinzaine de pays, l'organisation fédère des professionnelles de la supply chain, du transport, du commerce international et de la logistique minière autour d'une conviction : la performance d'une chaîne logistique dépend autant de la qualité des infrastructures que des compétences de ceux qui la pilotent.
Cette approche converge avec les analyses des institutions internationales. La Banque mondiale rappelle que les coûts logistiques demeurent parmi les principaux freins au commerce africain. La Banque africaine de développement, elle, estime que l'amélioration des chaînes d'approvisionnement conditionne la capacité des économies à tirer parti de la ZLECAf.
Pour le Gabon, où la diversification économique reste prioritaire, l'enjeu est concret. Réduire les pertes post-récolte, fluidifier la circulation des marchandises, faciliter les exportations régionales ou développer la transformation locale exigent des compétences accrues en gestion des flux, réglementation douanière, transport multimodal et digitalisation.
Ces questions étaient au cœur de la première Workclass « Agri Supply Chain gabonaise », organisée le 11 juillet à Libreville par WILA Gabon, en partenariat avec E-C Douane et le cabinet 2NY Consulting. Pendant six heures, entrepreneurs agricoles, logisticiens et experts douaniers ont partagé un constat : produire davantage ne suffit plus. Encore faut-il acheminer les produits dans les bonnes conditions, au bon coût, dans les délais attendus par les marchés.
Présidente de WILA Gabon, Pauline White, médiatrice agréée OHADA et dirigeante de 2NY Consulting, défend une professionnalisation par le partage d'expériences. À ses côtés, Valérie Benquet, spécialiste des réglementations douanières et de la ZLECAf, a rappelé que la compétitivité passe aussi par la maîtrise des Incoterms et des procédures douanières.
Sous l'effet de la digitalisation, des exigences de conformité et de l'intégration des marchés, les besoins en compétences spécialisées s'accélèrent. Pour le Gabon, le développement du capital humain logistique pourrait améliorer significativement la compétitivité des filières agricoles, minières et industrielles, à condition de s'accompagner d'investissements dans les infrastructures et la simplification administrative.
La compétitivité ne se jouera bientôt plus seulement dans les ports ou les entrepôts. Elle dépendra de la capacité à disposer de professionnels qualifiés, capables de piloter des chaînes d'approvisionnement toujours plus complexes. Les initiatives de formation engagées aujourd'hui préparent cette bascule. Et les femmes en sont un moteur désormais incontournable.