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SEFI 2026 : Le pari de transformer les épargnants gabonais en investisseurs

SEFI 2026 : Le pari de transformer les épargnants gabonais en investisseurs

Le Salon de l'Éducation Financière devient SEFI, intégrant épargne, investissement et patrimoine. Cette mutation traduit une stratégie majeure : faire de l'éducation financière le moteur de mobilisation de l'épargne nationale pour financer l'économie gabonaise. En octobre 2026, le Gabon entend transformer ses citoyens en acteurs du système financier régional.

Le Salon de l'Éducation Financière accompagnait jusqu'ici les citoyens dans la maîtrise des services bancaires : ouverture de comptes, opérations courantes, compréhension des frais. Mission utile, mais désormais insuffisante. Le Gabon dispose d'une épargne intérieure considérable, mais largement sous-utilisée. Une part importante s'accumule dans l'informel, échappant aux circuits financiers formels et aux investissements productifs.

Pour Gildas Ndzengué Mbomba, président de l'Association Gabonaise des Usagers des Banques (AGUB), et commissaire général du SEFI, le paradigme doit changer. « L'éducation financière est désormais aussi une éducation boursière, assurantielle, digitale et patrimoniale », affirme-t-il.

Selon la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), l'épargne des pays de la CEMAC reste faiblement orientée vers les placements structurés. Cette situation contraste avec les ambitions de diversification économique et de financement des infrastructures du Gabon.

Le défi de la mobilisation : l'épargne informelle paralyse l'économie

Mobiliser l'épargne nationale pour financer l'économie : tel est le véritable objectif du SEFI. Le Gabon doit financer ses entreprises, infrastructures et projets de diversification. Or, les banques seules ne suffisent pas. « Une part importante de l'épargne demeure encore informelle ou insuffisamment orientée vers les circuits financiers », reconnaît Gildas Ndzengué Mbomba. Paradoxe des économies émergentes : les citoyens accumulent des ressources, mais celles-ci ne circulent pas dans les canaux formels permettant aux entreprises et États d'y accéder.

Les freins sont multiples : méfiance envers les institutions, méconnaissance des produits, accessibilité limitée. Beaucoup de Gabonais préfèrent la thésaurisation ou l'immobilier physique. Ouvrir un compte-titres à la BVMAC reste un mystère pour le citoyen moyen. L'investissement boursier paraît réservé aux élites.

Le SEFI entend transformer cette réalité. Les deux premières éditions (2024-2025) ont permis d'ouvrir des comptes bancaires et souscrire des assurances. Mais les résultats restent modestes face à l'ambition de mobilisation nationale.

Passer de l'information à l'action

Le SEFI 2026 franchit une étape décisive. « Notre objectif est de passer de l'information à l'action », précise Gildas Ndzengué. Change de paradigme : ne pas seulement informer, mais transformer les visiteurs en acteurs. Concrètement, le salon permet d'ouvrir un compte d'épargne, de souscrire une assurance, d'investir sur le marché régional, d'accéder à des conseils patrimoniaux en direct. Les exposants facilitent les transactions plutôt que de présenter

Cette approche révolutionne le modèle classique. Le principal frein n'est pas l'ignorance, mais l'inertie et la friction administrative. Réduire ce coût psychologique d'accès aux services formels transforme le comportement. La COBAC, la COSUMAF et le GIMAC participent activement, confirmant que le SEFI est un levier stratégique pour l'inclusion financière régionale.

L'écosystème complet au-delà de la banque

Le SEFI n'est plus un salon bancaire. Il intègre gestion d'actifs, fintechs, bourses, assurance, paiement et immobilier. Cette diversité reflète une réalité : l'investissement moderne est pluriel. L'épargne peut prendre formes multiples : livret d'épargne, assurance-vie, participation au capital d'une PME, titres à la BVMAC, placement immobilier. « Les fintechs démocratisent l'accès aux services financiers, les sociétés de bourse ouvrent l'accès au marché régional, les sociétés de gestion d'actifs proposent des solutions d'investissement, les compagnies d'assurance permettent de protéger les personnes et leur patrimoine, tandis que les promoteurs immobiliers offrent des opportunités de constitution de patrimoine », énumère Gildas Ndzengué.

Cette complémentarité est stratégique. Les fintechs transforment le paysage africain. Des applications mobiles permettent d'accéder aux services financiers sans agence bancaire. La BVMAC devient plus accessible via la numérisation et la réduction des frais.

L'assurance, sous-développée en Afrique centrale, représente un potentiel énorme. Son taux de pénétration au Gabon demeure faible comparé à d'autres pays émergents. Montrer comment une assurance-vie transforme la trajectoire financière constitue un enjeu majeur.

L'épargne informelle : le défi central

Les statistiques de la BEAC révèlent que les pays de la CEMAC présentent une épargne intérieure brute rapportée au PIB relativement faible comparée aux autres régions africaines. Pire : une part significative ne transite pas par le secteur formel.

Cette épargne dort sous les matelas, s'accumule en devises étrangères, ou finance des investissements immobiliers non déclarés. Résultat : une « désintermédiation financière » paralyse le financement de l'économie. Les PME gabonaises, incapables d'accéder aux crédits bancaires, se financent auprès de fournisseurs ou de réseaux personnels. Cette économie souterraine dynamique reste déconnectée des circuits formels.

Le SEFI entend briser ce cycle. En rapprochant épargnants et institutions formelles, en montrant comment transformer l'épargne en investissement productif, le salon espère orienter une part croissante vers les circuits formels.

L'ambition régionale

Le SEFI 2026 dépasse les frontières du Gabon. L'AGUB affiche une ambition régionale : faire du salon le rendez-vous de référence de l'éducation financière en Afrique centrale.

Cette dimension marque une rupture avec l'isolement du secteur financier gabonais. Aujourd'hui existe une réelle intégration régionale : la BVMAC accueille des titres de toute la CEMAC, les banques gabonaises opèrent régionalement, les fintechs franchissent les frontières. « Notre ambition est de faire du SEFI le plus grand rendez-vous de l'éducation financière, de l'épargne, de l'investissement et du patrimoine en Afrique centrale », affirme Gildas Ndzengué. L'AGUB renforce les partenariats avec COBAC, COSUMAF, BEAC, BVMAC, GIMAC et les acteurs privés.

Cadre stratégique national

Le SEFI ne naît pas dans le vide. Le Gabon a adopté une Stratégie nationale d'inclusion financière fixant des objectifs ambitieux : augmenter la bancarisation, réduire l'épargne informelle, accroître la pénétration d'assurance, dynamiser la BVMAC, promouvoir les services digitaux. Le SEFI en est l'instrument opérationnel majeur. Tandis que la stratégie fixe des orientations, le salon crée les conditions pratiques pour transformer ces orientations en comportements.

Les deux éditions précédentes offrent des éléments encourageants. Des milliers de Gabonais se sont familiarisés aux services formels, ont ouvert leurs premiers comptes, découvert la bourse. Chaque démarche contribue à une transformation plus large des mentalités.

Le SEFI : bien plus qu'un événement

Gildas Ndzengué l'affirme : « Le SEFI est bien plus qu'un salon : c'est une plateforme nationale de sensibilisation, de dialogue et d'action ». Cette caractérisation révèle la nature profonde du projet. Traditionnellement, un salon est un événement ponctuel. Le SEFI doit être une plateforme permanente de dialogue entre citoyens et institutions financières, un espace d'apprentissage continu, catalyseur de changements durables.

Le salon crée les conditions pour un dialogue horizontal. Les Gabonais ne sont pas consommateurs passifs d'information ; ils sont des acteurs dont les questions doivent façonner l'évolution des produits et services financiers. En retour, les institutions doivent écouter, adapter, innover.

Le SEFI 2026, en octobre, sera un test : pourra-t-on transformer des milliers de Gabonais en acteurs conscients du système financier ? Orienter l'épargne informelle vers les circuits formels ? Ces questions dépassent l'organisation d'un événement. Elles interrogent la capacité du Gabon à se moderniser financièrement, instaurer la confiance, faire de l'épargne un levier de croissance inclusive et durable. Tel est le véritable enjeu du SEFI.

 

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