Le constat dressé par le système des Nations Unies au Gabon sur la situation financière du pays remet au centre du débat la question de la soutenabilité de la dette publique. Avec une dette estimée à environ 72 % du PIB en 2024, au-dessus du seuil communautaire de 70 %, le pays dispose de marges de manœuvre budgétaires plus limitées pour financer les investissements nécessaires à sa transformation économique.
Selon les économistes comme Jess Farel Ndong Biyogho, le désendettement passe moins par une réduction brutale des dépenses que par une meilleure mobilisation des recettes, une exécution plus efficace des investissements et une hausse de la production.
Mobiliser davantage de recettes propres
Pour l’économiste Jess Farel Ndong Biyoho, le désendettement durable passe d’abord par un renforcement des recettes intérieures. « Pour que nous puissions réduire le niveau d’endettement, il faut que le niveau de mobilisation des recettes puisse augmenter », estime-t-il.
Cette mobilisation passe notamment par la digitalisation des finances publiques. La modernisation des administrations fiscales et financières doit permettre de mieux identifier les recettes, de limiter les pertes et d’améliorer le recouvrement. Les impôts, la douane, les hydrocarbures et le Trésor sont ainsi appelés à entrer davantage dans une logique de gestion numérique.
L’enjeu dépasse donc la simple modernisation administrative. Pour l’économiste, un État qui améliore ses capacités de collecte peut progressivement réduire sa dépendance aux financements extérieurs et créer des marges supplémentaires pour investir.
Moins dépenser, mais surtout mieux dépenser
La seconde priorité concerne la qualité de la dépense publique. « Il faudra également rationaliser la dépense publique », souligne Ndong Biyogho. Cette rationalisation implique de redéfinir les priorités budgétaires et d’améliorer l’efficacité des ressources disponibles.
Le problème ne réside cependant pas uniquement dans le montant des crédits engagés. Il se situe également dans leur exécution. L’économiste relève ainsi que le taux d’exécution des investissements se situe autour de 35 %, un niveau qu’il juge insuffisant au regard des ambitions affichées dans le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030.
Cette faiblesse pose une question centrale : à quoi sert d’accroître les financements disponibles si les projets d’investissement ne sont pas exécutés à un rythme permettant de soutenir effectivement l’activité économique ?
Investir pour produire davantage
Pour Ndong Biyogho, le désendettement ne doit donc pas conduire à sacrifier l’investissement productif. Routes, chemin de fer, énergie et capital humain constituent, selon lui, des conditions préalables à la diversification de l’économie.
Le Gabon doit notamment rattraper son retard en matière d’infrastructures afin de faciliter la circulation des personnes et des marchandises, réduire les coûts logistiques et accompagner le développement de l’agriculture et de l’industrie. Le déficit énergétique constitue également un frein à l’expansion des activités productives.
Cette logique conduit à une approche différente de la dette : l’enjeu n’est pas seulement de réduire le volume des emprunts, mais de s’assurer que les ressources mobilisées contribuent à augmenter la capacité productive du pays. « Plus on va produire, en réalité nous allons réduire notre niveau d’endettement », estime pour sa part une source au sein du ministère de l’Economie et des Finances. Une économie plus productive permettrait en effet d’accroître les revenus, la valeur ajoutée et, à terme, les recettes fiscales.
Le capital humain, autre levier du désendettement
Ndong Biyogho place également le capital humain au cœur de cette équation. Il estime nécessaire d’adapter davantage les formations aux besoins futurs de l’économie. Il cite notamment les secteurs du numérique, de l’agriculture et de l’entrepreneuriat comme des domaines susceptibles de répondre davantage aux transformations du marché du travail.
Cette question rejoint directement l’ambition de diversification du PNCD. Former des compétences adaptées aux secteurs productifs revient à investir dans la capacité du pays à créer de la valeur localement, plutôt qu’à dépendre durablement des matières premières.
Diversifier aussi les sources de financement
Enfin, l’économiste invite le Gabon à élargir ses mécanismes de financement. Les financements verts, le marché carbone et les obligations durables pourraient contribuer à réduire la pression exercée sur les ressources budgétaires classiques. Il cite également l’épargne de la diaspora, encore insuffisamment mobilisée selon lui.
Cette piste ouvre une autre réflexion : le financement du développement ne doit plus reposer exclusivement sur le budget de l’État ou sur l’endettement souverain. Le secteur privé, les investisseurs de la diaspora et les nouveaux instruments financiers peuvent contribuer à compléter les ressources publiques.
Au fond, le défi pour le Gabon, selon les deux analystes, n’est pas seulement de contenir la dette, mais de créer les conditions permettant de moins dépendre d’elle. Cela suppose de collecter davantage, de dépenser mieux, d’exécuter réellement les investissements et surtout de produire davantage.
Le véritable test du PNCD 2026-2030 sera donc de parvenir à transformer l’investissement en capacité productive, puis la capacité productive en recettes publiques. C’est à cette condition que la diversification pourra devenir, à terme, un instrument de désendettement.