Partout dans le monde, les États empruntent de plus en plus cher. Le Gabon n'y échappe pas : en 2026, les seuls intérêts de sa dette absorbent entre 15 et 17 % de ses recettes, un niveau comparable à celui des pays à faible revenu.
L'ère de l'argent bon marché est bel et bien terminée. Au 8 octobre 2026, le Royaume-Uni empruntait à 10 ans à 5,45 %, l'Australie à 5,41 % et les États-Unis à 5,29 %. Même le Japon, longtemps symbole de l'argent quasi gratuit, paie désormais 3,11 %, contre environ 0,6 % début 2024. En zone euro, à laquelle le franc CFA est arrimé, la France emprunte aujourd'hui plus cher que l'Italie : 4,87 % contre 4,64 %.
La dette, premier poste qui grossit
Le Fonds monétaire international (FMI) en tire la conséquence pour les budgets publics. Selon ses calculs, la part des recettes consacrée aux intérêts de la dette atteindrait environ 9,5 % dans les économies avancées sur la période 2026-2031, contre 6,4 % en moyenne entre 2011 et 2019. Dans les pays émergents, elle dépasserait 10,5 %. Les pays à faible revenu restent les plus exposés : environ 15 % de leurs recettes partent déjà en intérêts depuis 2020, et la tendance ne fléchit pas.
Autrement dit, un franc sur sept collecté par ces États sert à rémunérer leurs créanciers avant même de financer une école, un dispensaire ou une route.
De Washington à Libreville
Le mécanisme est simple. Les obligations des grands États servent de référence aux investisseurs. Quand Washington rémunère ses prêteurs à plus de 5 %, sans risque comparable, un pays africain doit offrir bien davantage pour attirer les mêmes capitaux. Chaque hausse des taux américains ou européens se répercute donc, avec un écart supplémentaire, sur le coût des emprunts africains.
Le Gabon paie le prix fort
Le Gabon en fait l'expérience. En 2026, il a levé 1,5 milliard de dollars sur le marché international en deux eurobonds : 920 millions en juillet, sur sept ans, puis 580 millions le 14 octobre, sur huit ans. Les deux portent un coupon de 9,375 %, soit près du double du taux auquel emprunte le Trésor américain. Le ministère de l'Économie souligne que la prime de risque a reculé d'environ 50 points de base entre les deux opérations. L'eurobond d'octobre coûtera néanmoins, à lui seul, environ 54 millions de dollars d'intérêts par an.
Cette facture se lit dans le budget. Selon la loi de finances rectificative, les intérêts de la dette atteignent 487,6 milliards de FCFA en 2026. Rapportés aux recettes de l'État, ramenées entre 2 928 et 3 240 milliards de FCFA selon les révisions, ils en représentent entre 15 et 17 %. C'est le niveau moyen des pays à faible revenu dans le graphique du FMI, pour un pays classé parmi les économies à revenu intermédiaire.
Et la hausse s'accélère. Le projet de loi de finances 2027 prévoit 667,3 milliards de FCFA d'intérêts, soit 179,7 milliards de plus en un an (+37 %). C'est l'équivalent de près de 70 % de la masse salariale de l'État. S'y ajoutent 1 879,5 milliards de FCFA de remboursement du capital.
L'investissement, variable d'ajustement
Chaque franc versé aux créanciers manque ailleurs, et c'est l'investissement qui cède en premier. Le collectif budgétaire de juin 2026 a ramené les investissements publics de 2 137 à 1 169 milliards de FCFA. Le projet de budget 2027 réduit encore de 110,7 milliards les projets financés sur recettes propres.
Les marges de manœuvre se resserrent. Moody's maintient la note du Gabon à Caa2, avec une perspective négative. Une mission du FMI s'est achevée fin septembre sans accord de financement, mais les discussions techniques se poursuivent en vue d'un éventuel programme.
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