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S.E.M Zhou Ping : « La Chine accordera le tarif zéro à la totalité des produits provenant du Gabon »

S.E.M Zhou Ping : « La Chine accordera le tarif zéro à la totalité des produits provenant du Gabon »

En ce mois de juin 2026, les relations entre Libreville et Beijing pourraient franchir une étape concrète. L’application de la mesure « zéro tarif douanier » sur l’ensemble des exportations gabonaises et le déploiement de l’année des échanges humains et culturels s’imposent désormais comme les deux axes majeurs de la coopération bilatérale. L’ambassadeur de Chine au Gabon en analyse l’impact.

Les Échos de l’Éco : quels sont, selon vous, les « pôles de croissance » de la coopération entre la Chine et le Gabon ? L'année 2026 incarne-t-elle une opportunité particulière pour le Gabon et la Chine ?

  S.E.M. ZHOU Ping : L'année 2026 est une « année d'opportunités » pour la coopération sino-gabonaise et sino-africaine. Cette coopération est sur le point de décoller avec un fort potentiel. Cela repose non seulement sur une base solide, mais aussi sur trois grandes opportunités.
La première opportunité réside dans le 15e plan quinquennal de la Chine. Cette année marque le début de sa mise en œuvre pour le développement économique et social du pays. Lors de la récente session de l'Assemblée nationale populaire, le projet de programme du XVe Plan quinquennal a été examiné et approuvé. Ce plan prévoit clairement que la Chine maintiendra un développement de haute qualité, élargira son ouverture sur l’extérieur et continuera de promouvoir une coopération ouverte et mutuellement bénéfique. Il s'agit d'insuffler une nouvelle dynamique, stable et porteuse d'espoir, à l'économie mondiale et d'offrir de nouvelles perspectives de coo- pération à tous les pays.

  La deuxième opportunité est la mesure chinoise de « zéro tarif douanier ». Depuis le Sommet de Beijing du FOCAC en septembre 2024, la Chine a pris l'initiative d'accorder un traitement tarifaire nul à 100 % des lignes tarifaires aux 33 pays africains les moins avancés. En février dernier, le président XI Jinping, dans son message de félicitations au 39e Sommet de l'Union africaine, a annoncé qu'à partir du 1er mai 2026, la Chine appliquerait pleinement un traitement à zéro droit de douane à tous les pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Cela se fera à travers des accords mutuellement bénéfiques, signés conformément aux règles de l’OMC. Il s'agit d'une initiative majeure pour soutenir le système commercial multilatéral. C’est également la première fois qu'une grande économie mondiale ouvre son marché à la quasi-totalité du continent africain.
  La troisième opportunité est l'« Année sino-africaine des échanges humains et culturels ». Cette célébration est une initiative importante convenue entre le président XI Jinping et les dirigeants africains. Au début de cette année, la cérémonie d'ouverture s'est tenue au siège de l'Union Africaine à Addis-Abeba. Dans ce cadre, la Chine et le Gabon concentreront leurs échanges dans les domaines de l'éducation, de la culture, du tourisme, des sports et du développement. Ils mobiliseront les jeunes, les médias et les cercles de réflexion (think tanks), tout en mettant à contribution la société civile et les collectivités locales.

Vous avez évoqué la vision du 15e plan quinquennal chinois. Comment la Chine peut-elle, grâce à son « ouverture de haut niveau », engendrer un développement espéré?

  Comme le dit un proverbe chinois : « Il vaut mieux apprendre à quelqu'un à pêcher que de lui donner du poisson. » Le 15e plan quinquennal est précisément la « canne à pêche » qui permet à la Chine de partager ses opportunités.

D'une part, ce plan est le secret de la croissance durable de la Chine. Élaborer et mettre en œuvre ces plans est une expérience majeure du Parti communiste chinois. Au cours des dernières décennies, la Chine est passée d'un pays agricole pauvre à une nation dont le PIB par habitant dépasse 13 000 dollars. En s'en tenant à ses objectifs « sans relâche » et en suivant « une feuille de route unique jusqu'au bout », elle a réalisé le miracle d'une croissance rapide alliée à une stabilité sociale durable.

D'autre part, ce plan constitue une feuille de route pour la coopération sino-africaine. Il prévoit d'étendre l'ouverture autonome, de promouvoir l'innovation commerciale et de renforcer la coopération de haute qualité dans le cadre de l'initiative « la Ceinture et la Route ». L'ouverture de la Chine stimulera l'industrialisation, la modernisation agricole et la transformation numérique de l'Afrique. En retour, elle élargira les marchés et les canaux d'approvisionnement pour la Chine, créant ainsi une nouvelle configuration de coopération Sud-Sud.

Pouvez-vous expliquer concrètement comment la mesure de « zéro tarif douanier » se traduiraen opportunités pour le Gabon ?

  Il convient de préciser que la mesure « zéro tarif douanier » n’est pas strictement réciproque et qu'elle s'avère, en réalité, très avantageuse pour la partie gabonaise. Pour le Gabon, cette exonération s’applique à la totalité de ses lignes tarifaires exportées vers la Chine. C’est en outre au Gabon de choisir les produits chinois sur lesquels doit s’appliquer cette même mesure. Cette initiative est un argument de poids pour attirer les investissements directs étrangers, notamment les capitaux

chinois. Grâce à elle, lorsqu'un investisseur choisit de s'implanter et de produire au Gabon, il sait que les portes du marché chinois lui sont automatiquement ouvertes. Enfin, le troisième grand avantage de cette mesure réside dans son impact social direct : elle constitue un levier d'action concret et efficace pour lutter durablement contre la vie chère au Gabon, en faisant baisser le coût d'importation de nombreux produits de consommation courante.

Dans quels secteurs opèrent principalement les entreprises chinoises au Gabon ?

  Plus de 3 000 ressortissants chinois vivent au Gabon, principalement dans le génie civil, la sylviculture, les mines, l'hôtellerie et le commerce. Ils constituent une force vive de notre coopération.

De nombreux Gabonais m'ont confié que la meilleure route du pays est l'axe Fougamou–Mouila, construit par une entreprise chinoise. La route Port-Gentil–Omboué et ses deux ponts ont également transformé le quotidien des résidents. Nous encourageons nos ressortissants à respecter les lois et coutumes locales et à agir comme des « ambassadeurs populaires ». Beaucoup d'entreprises assument également leurs responsabilités sociales en soutenant les villages et les écoles proches de leurs sites.

Au-delà de l'économie, dans quels autres domaines la Chine et le Gabon peuvent-ils agir ensemble face aux défis mondiaux ?

  La Chine et le Gabon partagent des visions convergentes sur la gouvernance mondiale. Ils sont membres fondateurs d'institutions telles que l’Organisation internationale de médiation (OIMed) et le Centre international des mangroves (CIM).

Face aux turbulences mondiales, nos deux nations sont des forces centrales du « Sud global ». Concernant la situation au Moyen-Orient, la Chine s'emploie activement à promouvoir la paix. Le président XI Jinping a présenté une proposition en quatre points (coexistence pacifique, souveraineté, État de droit et coordination sécurité-développement). Parallèlement, l'initiative sino-pa- kistanaise en cinq points pour la stabilité de la région a été saluée par l'Union Africaine comme une contribution opportune. Pour répondre à la question de l'avenir partagé de l'humanité, la Chine a proposé quatre initiatives mondiales (Développement, Sécurité, Civilisation et Gouvernance). Leur mise en œuvre nécessite le soutien de nos frères africains. Plus que jamais, la Chine et le Gabon doivent s'unir pour construire une communauté d'avenir partagé de haut niveau.

 

Que peut gagner le Gabon de l’exemption douanière chinoise ?

L’accès sans droits de douane au marché chinois pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux exportateurs gabonais. Toutefois, la mesure ne pourra entrer en vigueur qu’après la signature d’un accord entre Libreville et Pékin. Selon l’ambassade de Chine au Gabon, les discussions techniques sont en cours pour en définir les modalités. Pékin met en avant le potentiel de son marché intérieur, soutenu par une classe moyenne appelée à croître fortement dans les prochaines années. L’exemption tarifaire pourrait ainsi faciliter l’accès des produits gabonais aux consommateurs chinois, tout en favorisant les investissements et la diversification des débouchés commerciaux. Les deux parties travaillent désormais à la mise en œuvre du dispositif, avec la possibilité d’un accord transitoire pour accélérer son application.  

 

 

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