80 à 100 entreprises, des premières arrivées dans les années 1980, des milliers d’emplois — mais une défiance persistante. Pour le 52e anniversaire des relations sino-gabonaises, Wu Sheng, représentant des entreprises chinoises au Gabon, répond à nos questions sur les critiques, la transparence et la place des Gabonais dans ces sociétés.
Comment voyez-vous le parcours des entreprises chinoises au Gabon ?
Écoutez, elles sont là depuis longtemps. Pas pour du court terme. Leurs activités couvrent les infrastructures, les ressources naturelles, les télécoms, la pêche, le bois, le commerce... Elles se sont implantées progressivement, en apprenant le marché local. Moi, je représente ces entreprises, et je peux vous dire qu’elles tiennent à durer.
Combien sont-elles ? Depuis quand les plus anciennes ?
Environ 80 à 100, de tailles très différentes. Les premières sont arrivées dans les années 1980. Certaines sont là depuis plus de quarante ans. Dans la construction et le bois, plusieurs dépassent les trente ans. C’est dire si elles ne sont pas venues pour repartir vite.
Quelles contributions concrètes à l’économie gabonaise ?
À plusieurs niveaux. D’abord les infrastructures : routes, ouvrages hydrauliques, télécoms, équipements urbains. Ensuite, l’emploi. Beaucoup de Gabonais travaillent chez nous. Cela donne un revenu stable à des familles, et une vraie expérience aux employés. Je pense aussi aux déplacements, à l’eau, à l’éducation, aux soins... Nos projets touchent directement la vie des gens. Ce n’est pas que du commerce. C’est une participation au développement local.
Comment comprendre le rôle des entreprises chinoises ?
Je le dis clairement : nous sommes des partenaires au développement. Nous ne venons pas seulement pour exécuter des contrats. Nous participons à la construction, à l’emploi, au service du pays. La confiance, elle ne se décrète pas. Elle se construit projet après projet, par le travail sérieux de chaque jour. Nous respectons la loi et la société locale. Nous voulons être des partenaires dignes de confiance sur le long terme.
Quels sont vos avantages, au-de-là de ça ?
Nous avons une grosse expérience des projets internationaux, une forte capacité d’exécution. On accorde beaucoup d’importance aux résultats concrets : la qualité, les délais, l’efficacité. Et on apprend, on s’ajuste. Prenons CFHEC : comme beaucoup d’autres, elle mise sur la localisation, la conformité, la responsabilité sociale, le dialogue avec les communautés. Notre conception du développement devient plus mature. On veut vraiment partager avec la société locale.
Comment se traduit votre responsabilité sociale ?
Elle occupe une place croissante. Ce ne sont pas que des dons ponctuels. C’est aussi nos méthodes de recrutement, la formation, la santé, l’éducation. Par exemple,on offre des emplois locaux, on forme nos salariés gabonais, on communique avec les communautés. Certaines entreprises font des consultations médicales gratuites, des dons pour les écoles, des campagnes de sensibilisation, des soutiens communautaires. Et je vous assure : ce n’est pas une charge supplémentaire. C’est la base de notre développement durable. Une entreprise n’obtient la confiance qu’en servant vraiment la société.
Malgré cela, des perceptions négatives persistent. Pourquoi cet écart ?
Plusieurs raisons. D’abord, on a mal communiqué. Pendant longtemps, on n’a pas assez raconté ce qu’on faisait. En suite, il y a une méconnaissance mutuelle. C’est pour ça qu’on ouvre nos chantiers. Depuis 2024, certaines entreprises organisent chaque année des journées portes ouvertes. On réfléchit aussi à former des médiateurs communautaires gabonais. Et on recrute de plus en plus d’interprètes gabonais qui parlent chinois et français. Ça réduit beaucoup les malentendus.
Quelle est la relation avec vos salariés gabonais ?
Ils sont une partie essentielle de nos équipes. Le fonctionnement de beaucoup d’entreprises dépend d’eux. On accorde de l’importance à la stabilité des équipes locales, à la valorisation de nos salariés, au transfert de compétences. Moi, je pense que plus les équipes locales sont solides, plus notre base de développement est solide. Pour le Gabon, c’est un processus très positif. Ce n’est pas juste une relation d’emploi : c’est une croissance commune, un développement partagé.
Y a-t-il des formations certifiantes,ou seulement du sur le tas ?
Certaines entreprises forment sérieusement à la conduite d’équipements, à la maintenance, à la gestion de chantier. On mélange théorie et pratique. L’objectif, c’est d’élever progressivement le niveau de compétences des salariés gabonais. Ce n’est pas seulement « montrer vite fait ». On veut qu’ils deviennent autonomes.
À l’occasion du 52e anniversaire des relations diplomatiques, quel rôle jouez- vous ?
Les entreprises sont des acteurs très concrets. Par nos projets, nos investissements, nos emplois, on transforme la coopération bilatérale en résultats visibles: routes, ponts, aménagements urbains, développement industriel, amélioration des conditions de vie. On n’est pas que des opérateurs économiques. On rapproche les deux pays. Beaucoup de ce que la coopération sino-gabonaise a apporté, c’est grâce au travail quotidien des entreprises que ça s’est concrétisé.
Quels sont vos axes d’amélioration prioritaires pour les deux ans à venir ?
Trois priorités. D’abord, renforcer la localisation : donner plus de place aux salariés gabonais dans le développement des entreprises. Ensuite, continuer à prendre au sérieux la responsabilité sociale et les relations communautaires, pour que notre développement soit plus humain. Enfin, approfondir les échanges avec tous les milieux gabonais, pour des résultats vraiment mutuellement bénéfiques. C’est comme ça qu’on réussira ensemble.
Pour finir, que diriez-vous en une phrase aux Gabonais qui doutent encore ?
Je leur dirais : venez voir par vous-mêmes. Visitez nos chantiers. Parlez à nos salariés gabonais. Regardez ce qu’on a fait. On n’est pas parfaits, mais on est là depuis quarante ans. Jugez-nous sur nos actes, pas sur les rumeurs. On accepte le contrôle et la critique, du moment qu’ils sont justes. Un partenaire qui investit depuis quarante ans a construit son avenir sur la confiance, le sérieux et les résultats concrets. Voilà ce que je voulais dire.