Le premier mensuel économique au Gabon.

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LE GABON FACE À LA COBAC : L’épicentre des inquiétudes

LE GABON FACE À LA COBAC : L’épicentre des inquiétudes

Sur les 53 banques actives de la zone CEMAC au 31 décembre 2024, 22 ne respectent pas l’ensemble de leurs ratios prudentiels. Il convient de distinguer la nature des infractions pour en mesurer la gravité réelle : 14 établissements sont en infraction de solvabilité, avec un déficit global estimé à 247,3 milliards FCFA ; 18 autres présentent une concentration excessive de leurs risques sur un même bénéficiaire ; plusieurs font face à des tensions de liquidité. Ces trois catégories sont de natures différentes et n’impliquent pas les mêmes risques pour les déposants.

Le Gabon, cas à part dans la zone

Dans ce tableau régional, c’est la situation gabonaise qui concentre les plus vives préoccupations. Le pays cumule trois signaux d’alarme qui se renforcent mutuellement, dans un contexte macroéconomique fragilisé par des années d’arriérés de paiement de l’État gabonais (443,6 milliards FCFA à fin octobre 2025) et par trois dégradations successives de sa note souveraine par Fitch — de B- à CCC- entre juillet 2024 et décembre 2025.

Premier signal : l’explosion des créances douteuses. Le Gabon enregistre une hausse de +31,4 % de ses créances en souffrance en 2024, la progression la plus forte de toute la zone — loin devant le Cameroun (+14,5 %) et le Congo (+5,6 %). La tendance s’accentue : selon le communiqué final de la 14e concertation COBAC-profession bancaire (Bangui, 23 juin 2025), le taux des créances en souffrance dans la zone CEMAC atteignait plus de 17 % des crédits bruts à fin mars 2025. Cette dégradation est la résultante mécanique d’années d’arriérés de l’État envers ses fournisseurs et prestataires, qui ne peuvent plus honorer leurs remboursements bancaires.

Deuxième signal : le reflux des liquidités. Alors que tous les autres pays de la zone voient leur excédent de trésorerie progresser, les banques gabonaises enregistrent un recul de 140 milliards de FCFA (−10 %). Ce reflux résulte de plusieurs causes simultanées : difficultés de refinancement interbancaire, moindre collecte de dépôts publics liée à la contraction des recettes pétrolières et rapatriements de fonds par certains établissements à capitaux étrangers. La même concertation COBAC de juin 2025 a souligné que les concours des banques au secteur privé sont tombés de 66 % à 49 % des financements totaux entre 2018 et mars 2025, au profit des titres souverains.

Troisième signal : le poids de la dette souveraine. Face à la dégradation de la note gabonaise, la COBAC a appliqué les normes prudentielles en relevant la pondération des risques sur les titres publics et prêts accordés à l’État gabonais à 100 %. Les banques détenant ces actifs doivent immobiliser davantage de fonds propres, ce qui réduit mécaniquement leur capacité de crédit à l’économie réelle. C’est la boucle perverse classique : l’État fragilise les banques qui le financent, et des banques sous contrainte ne peuvent plus soutenir pleinement les entreprises et les ménages.

OWALI : la recapitalisation comme réponse structurelle

Le règlement COBAC R-2025/02 du 10 décembre 2025, adopté en session extraordinaire à Libreville, porte le capital minimum des banques de 10 à 25 milliards de FCFA, une hausse de 150 % avec entrée en vigueur au 1er janvier 2026 et période transitoire de quatre ans pour les établissements existants. La CEMAC se compare ici favorablement à d’autres zones : l’UEMOA n’a relevé son seuil qu’à 20 milliards de FCFA.

Pour les banques gabonaises déjà sous tension, l’échéance de 2029 est une course contre la montre : augmentation de capital, incorporation de réserves ou rapprochements avec d’autres établissements.

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