Dans les rues de Libreville, un bourdonnement constant s’est invité dans le paysage sonore. Celui des groupes électrogènes qui vrombissent en plein centre-ville, rappelant que l’électricité, une fois de plus, a déserté le réseau. Derrière ce bruit, une réalité économique brutale : des chefs d’entreprise perdent de l’argent à chaque heure d’obscurité.
À Akébé-Ville, Hamed tient une boulangerie. Sans eau courante, il doit acheter chaque semaine trois à quatre cubitainers de 1000 litres auprès de particuliers, à 15 000 FCFA l’unité. La facture hebdomadaire s’élève à 45 000 FCFA, là où la SEEG facturait 1 200 FCFA. Le prix du pain augmente mécaniquement. À côté, une PME du quartier Immaculée Conception engloutit 200 000 FCFA par semaine en carburant pour son groupe électrogène. Des surcoûts qui viennent plomber des charges déjà lourdes.
Blanchisseries, petits hôtels, commerces : tous subissent la même pression. Certains forent des puits pour survivre, mais ces forages sauvages menacent à terme la nappe phréatique et posent des risques sanitaires immédiats. Les lampes solaires, les bougies, les recharges chez les voisins sont devenues le quotidien des ménages. Mais pour les entreprises, l’adaptation a un prix.
Investir dans un groupe ou des cuves d’eau n’est plus un choix, c’est une condition de survie. Dans une capitale en pleine croissance, le défi de l’accès continu à l’eau et à l’électricité pèse lourd sur l’économie locale. Et chaque heure sans courant creuse un peu plus l’écart entre la simple survie et la prospérité.