Au siège de la SEEG, une affiche résume la situation : un plan d’urgence triennal y est annoncé pour «améliorer l’avenir». De son côté, en avril 2025, le gouvernement a annoncé un plan d’investissement de relance du secteur de l’énergie et de l’eau potable.
Depuis près d’une décennie, la SEEG souffre d’un mal chronique : l’instabilité de sa di rection. Entre octobre 2018 et juin 2025, dix directeurs généraux se sont succédé. Une moyenne d’un dirigeant tous les huit mois. La dernière secousse eu lieu avec la fin de l’administration provisoire le 28 mai 2025. Dans une industrie lourde où l’achat d’un transformateur peut prendre un an, l’instabilité à la tête de la société a impacté la mise en œuvre d’une vision stratégique durable. “Le fait que François Ombanda soit resté longtemps au gouvernail de la SEEG a permis à cette entreprise de cultiver le cap d’une planification stratégique et stable”. Conséquence directe : un fonctionnement déboussolé.
Il faut attendre décembre 2025 pour que l’Assemblée générale des actionnaires valide enfin les états financiers de cinq exercices, de 2019 à 2023. Ce rattrapage n’est pas qu’un détail technique. Il rétablit les bases d’un pilotage transparent, rassure les partenaires et ouvre la voie à des investissements enfin lisibles. L’instabilité n’est que la partie émergée de l’iceberg. La vraie difficulté tient à la nature des parties prenantes, aux intérêts et appétits croisés. Trop d’immixtions et d’in fluences dans la gestion quotidienne de la SEEG lui ont fait perdre le fil cohérent d’une action stratégique refléchie.
Les souris dans le sac d’arachides
Plus grave, l’entreprise est devenue une proie pour son propre écosystème. La politique de sous-traitance, censée dynamiser les PME, a ouvert la porte à tous les appétits. Cadres, personnel, hommes politiques mués en hommes d’affaires ont créé leurs propres sociétés pour capter les marchés. Les conflits d’intérêts se sont multipliés, freinant les projets rentables et vidant l’entreprise de ses compétences. Pourquoi développer une expertise en interne quand le marché est pré-attribué ? Brice Clotaire Oligui Nguema, alors Président de la Transition, a dénoncé ce qu’il avait qualifié de dérives, exigeant la sus pension de contrats et la radiation de responsables impliqués.
L’Union du 23 septembre 2024, avançait le chiffre de 2 600 entreprises qui assuraient des prestations dans des domaines variés tels que la maintenance des infrastructures et la logistique. Aujourd’hui, l’espoir renaît. Le personnel de la SEEG affiche une volonté de sauver la vieille dame. L’actuelle direction propose une feuille de route : stabiliser le réseau à court terme, moderniser les installations à moyen terme, repenser le modèle énergétique à long terme, selon les propos de Steeve Saurel Legnongo, ADG de la SEEG, dans une interview à L’Union en septembre 2025. «Nous devons restaurer la confiance des usagers», insistait-il. Pour sa part, l’État-actionnaire, à travers le Fonds Gabonais d’Investissement Stratégique (FGIS), affirme comme discours officiel de couper les liens malsains avec cette sous-traitance prédatrice et les fraudes administrées par des initiés aux gains faciles. Un nouvel état d’esprit va-t-il se propager au sein de la SEEG et bannir la constellation des intérêts gourmands? Possible, si l’exigence de transparence devient une option technique prioritaire, et la réussite économique une nécessité politique.