Le premier mensuel économique au Gabon.

Malika Gadault
L’économie gabonaise évolue.Elle se trans-forme sous l’effetde la diversification productive, des réformes publiques, des enjeux budgétaires, de la transition énergétique.
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LE DOSSIER DU MOIS : État des lieux de l’Eau et de l’Électricité

LE DOSSIER DU MOIS : État des lieux de l’Eau et de l’Électricité
Entre pénuries chroniques et ambitions affichées, le secteur gabonais de l’eau et de l’électricité traverse une phase charnière. Avec une demande qui dépasse de près de 500 MW la capacité installée et des réseaux d’eau qui perdent 40 % de leur production, l’urgence est là. Pourtant, les chantiers s'accumulent : barrages, centrales solaires, unités de traitement. Mais le vrai défi, celui qui conditionne tout le reste, est celui du financement. Décryptage.

 

Sur le papier, 93 % de la population urbaine a accès à l’eau potable. Dans les faits, seuls 58 % des ménages sont effectivement raccordés. L’écart est saisissant. Il s’explique par un réseau vétuste qui perd près de la moitié de sa production en fuites diverses avant d’atteindre les robinets. La production repose sur quelques sites stratégiques. La station de Ntoum, avec ses 230 000 m³ quotidiens, alimente tout le Grand Libreville via six unités de traitement. À Port-Gentil, Mandorové puise dans l’Ogooué. Franceville et Moanda, elles, sont desservies par la SEEG pour couvrir les besoins du pôle minier du Haut-Ogooué. Un dispositif qui atteint aujourd’hui ses limites face à une demande en constante progression.

 

Pour y remédier, plusieurs projets sont dans les tuyaux. Ntoum 7, attendu en 2026, doit apporter 140 000 m³ supplémentaires par jour et combler théoriquement le déficit de la capitale. À moyen terme, la station de la Mbé, portée par Eranove, pourrait ajouter 70 000 m³ quotidiens. Les bailleurs s’activent. La Banque mondiale a débloqué 150 millions de dollars pour le PASBAP, qui vise à moderniser les services, élargir l’accès en zones rurales et renforcer la résilience climatique. SUEZ, de son côté, s’est engagé pour cinq ans aux côtés de la SEEG à Libreville, Ntoum et Owendo, avec pour mission de réduire les pertes techniques et améliorer la qualité de l’eau. Électricité : une demande qui explose, un réseau qui tousse Le constat est sans appel : la capacité installée dépasse à peine 704 MW, quand la demande atteint 1 200 MW.

 

Les délestages à répétition sont la conséquence directe de quinze ans de sous-investissement chronique, alors que l’urbanisation et les besoins industriels ne cessent de croître. Le paradoxe est saisissant. Le Gabon dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé entre 7 000 et 11 000 MW. Soixante sites ont été identifiés, dont 52 documentés, représentant 7 002 MW de puissance maximale. Pourtant, seuls sept sites sont opérationnels, et le mix énergétique reste dépendant à 65 % des énergies fossiles. Le réseau souffre d’un maillage insuffisant : 694 kilomètres de lignes haute tension, 23 postes sources, et quatre réseaux interconnectés qui fonctionnent en vase clos. Résultat : une résilience limitée et des difficultés à mutualiser la production. Face à l’urgence, les chantiers s’accélèrent pour atteindre 1 280 MW de capacité installée d’ici à 2032. Kinguélé Aval (35 MW) est avancé à 75 %. Mayumba vient de recevoir sa centrale thermique à gaz (8,5 MW).

 

Owendo voit se construire une centrale IPP de 125 MW. Ayemé, première centrale solaire, est opérationnelle depuis 2024. La centrale flottante Karpowership, déployée au large de Libreville depuis 2025, doit injecter 150 MW dès la résolution des derniers problèmes techniques. Une solution transitoire indispensable en attendant les grands barrages structurants : Ngoulmendjim, Impératrice, FE2, Dibwangui, et le méga projet de Booué-Tsengué Lélédi, dont les études ont été lancées fin 2025. Ce dernier constitue la pièce maîtresse du futur réseau national unifié. L’interconnexion avec la Guinée équatoriale, inaugurée en février 2025, monte en puissance avec un plafond d’importation porté à 5 MW depuis début 2026. Une bouffée d’oxygène, mais une goutte d’eau dans un océan de besoins

 

Le nerf de la guerre : 300 milliards à trouver par an jusqu’en 2032

 

Les besoins en investissements publics sont colossaux : 300 milliards de FCFA sur 7 ans d’ici à 2032 pour remettre à niveau les infrastructures et étendre les réseaux. Un Fonds national de l’énergie et de l’eau (FNEE) a été institué en 2025. Son déploiement est désormais attendu. Car c’est là que tout se joue. Les projets existent, les volontés s’affichent, les partenaires techniques sont présents. Mais sans les milliards nécessaires, les robinets resteront à sec et les ampoules éteintes. Le Gabon a six ans pour transformer l’essai. Le compte à rebours a commencé.

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