Le premier mensuel économique au Gabon.

Malika Gadault
L’économie gabonaise évolue.Elle se trans-forme sous l’effetde la diversification productive, des réformes publiques, des enjeux budgétaires, de la transition énergétique.
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Electricité SEEG : provinces à pertes et provinces rentables

Electricité SEEG : provinces à pertes et provinces rentables

Le paysage énergétique gabonais offre aujourd’hui le visage d’un paradoxe saisissant. Alors que l’Afrique centrale est la zone dotée du plus grand potentiel gazier et hydroélectrique du continent, elle demeure paradoxalement la moins bien alimentée. 

 

Au cœur de ce système, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) navigue entre zones de rentabilité et provinces déficitaires, sous le poids d’infrastructures vieillissantes et d’une dette étatique qui l’asphyxie. Mix énergétique à deux vitesses. La per formance de la SEEG est intrinsèquement liée à la nature de sa production locale. Aujourd’hui, trois types de production cohabitent au Ga bon: l’hydroélectricité (Poubara, Mbigou, Iboundji et Bongolo), le thermique au gaz (Owendo, Port-Gentil, Gamba et Mayumba) et le thermique au gasoil, encore dominant dans cinq provinces du pays. Cette dernière catégorie constitue le véritable talon d’Achille de l’entreprise.

 

Dans l’Ogooué-Ivindo, la Ngounié, le Moyen Ogooué, le Woleu-Ntem et la Nyanga, la SEEG opère à perte. Le constat est mathématique et implacable : avec des infrastructures vétustes et l’explosion du prix du gasoil industriel — passé à plus de 1 000 FCFA le litre (2022-2023) en raison de la conjoncture géo politique mondiale —, le coût de production d’un kilowatt-heure grimpe à 250 FCFA, alors qu’il est revendu à seulement 100 FCFA. Sans le caractère de « service public » de la société, l’État se serait déjà désengagé de ces zones sinistrées.

 

OASIS DE RENTABILITÉ.

 

À l’inverse, certaines zones sont rentables car elles bénéficient d’énergies plus compétitives issues de l’hydroélectricité ou du gaz. C’est le cas des provinces où la SEEG développe l’hydroélectricité, comme le Haut-Ogooué avec le Grand Poubara. S’ajoutent à cela les zones alimentées par des centrales à gaz, comme Port-Gentil, et les régions bénéficiant d’un mix énergétique avantageux, à l’instar du Grand Libreville.

 

L’INTERCONNEXION : la fin d’un tabou économique 

 

Déficitaire aujourd’hui, le salut du Woleu-Ntem semble passer par le pragmatisme de l’interconnexion sous-régionale. Si l’achat d’électricité à la Guinée Équatoriale a suscité des critiques parfois acerbes, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 60 FCFA le kilowatt-heure importé contre 250 FCFA pro duit localement au gasoil. Cette stratégie n’est pourtant qu’une application du programme d’intégration de l’Afrique centrale. À l’instar de la France se courant l’Espagne ou du Canada alimentant les États-Unis, le Gabon doit normaliser ces échanges. L’objectif final est clair : mettre à l’arrêt les centrales thermiques d’Oyem et de Bitam grâce au corridor énergétique Ebebiyin-Oyem. Ce n’est qu’à cette condition que le Woleu-Ntem cessera d’être un poids financier pour devenir une zone bénéficiaire. Ironie du sort, comme le notent les observateurs, « l’Afrique centrale est la zone qui a le plus gros potentiel énergétique (gazier et hydroélectrique), mais qui est la moins bien alimentée ».

 

Le défi de l’eau. 

 

Le secteur de l’eau, réseau sous tension, n’est pas en reste. La dernière grande infrastructure de production, Ntoum 6, date de 2003. Malgré les annonces, Ntoum 7 n’a pas encore vu le jour. À noter que le projet Piepal, bien qu’utile, n’avait pas pour but d’augmenter la capacité de production. Ses objectifs étaient de remplacer les canalisations vétustes et de réduire les fuites, sa chant que près de la moitié de l’eau produite est perdue. Aujourd’hui, l’extension du Grand Libreville et des autres agglomérations du Gabon rendent indispensables la construction de nouvelles stations et de réseaux de distribution.

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