C’est un mentor qui décèle chez lui cette fibre entrepreneuriale : « Tu n’es pas fait pour travailler pour quelqu’un. » Cette phrase, longtemps ignorée, devient un impératif. Jérémie et son mentor Aubin Ngoua se rencontrent au Maroc dans la même école, un lien académique qui scelle une relation déterminante dans son parcours. « Je garde de Jérémie un jeune homme qui écoute attentivement ce que l’on lui dit. L’écoute est une qualité rare de nos jours mais nécessaire pour devenir quelqu’un de construit. La fibre entrepreneuriale est apparue chez lui lorsqu’il a commencé à travailler chez Solar Box Gabon. », se souvient Aubin Ngoua.
Pendant des années, il sillonne les zones reculées, dépannant des installations jusque tard le soir pour sortir une grand-mère ou une maternité du noir. Lorsqu’il quitte son emploi, les appels de clients inquiets affluent. Partir serait trahir ; ECO GABON naît de cette responsabilité morale. Deux ingénieurs, une ligne d’horizon Pour porter cette vision, il s’associe au Dr Laince Pierre Moulebe, docteur en sciences de l’ingénieur rencontré au lycée scientifique de Koulamoutou.
En 2021, ils cofondent l’entreprise avec un capital fondé sur la crédibilité. Pas de prêt bancaire, mais la confiance d’un fournisseur et de premiers clients convaincus par la rigueur technique de Jéré mie. En trois ans, ECO GABON passe à 18 employés et forme plus de 50 stagiaires. Ici, la jeunesse gabonaise est responsabilisée et la compétence prime. Mais l’exigence a un prix : pressions fiscales et charges administratives contraignent la PME à réduire ses effectifs pour survivre. « Entreprendre, c’est apprendre à tenir sous pression », résume le fondateur.
Une vision artisanale de l’énergie
De l’installation de lampadaires dans des villages enclavés au projet de maternités solaires avec le ministère de la Santé, ECO GABON ne se contente pas de poser du matériel. L’entreprise audite, dimensionne et optimise. Elle défend une approche presque artisanale : une solution ne se juge pas à la pose, mais à sa durabilité sur dix ans. Dans un pays où l’accès à l’électricité reste inégal, Jérémie Yem ba parle du solaire avec pragmatisme. Il prône la technique et la maintenance plutôt que le romantisme. Pour lui, le soleil a de l’avenir au Gabon, à condition que l’exigence suive. À 30 ans passés, il incarne une génération d’ingénieurs qui ne réclame pas la lumière, mais la produit. Loin du storytelling tapageur, il avance avec une méthode rigoureuse. Dans le silence des villages raccordés pour la première fois, son travail porte une affirmation discrète : l’innovation africaine ne se copie plus, elle se construit.